Youcef Belaïli, un surdoué au parcours atypique

Youcef Belaïli, un surdoué au parcours atypique

Né à Oran, Youcef Belaïli est devenu l’un des cadres de la sélection algérienne, avec laquelle il a remporté la CAN 2019. Mais le Fennec a connu aussi des moments compliqués lors de sa carrière en club.

C’est le dernier épisode de la carrière parfois tourmentée de Youcef Belaïli en club. Le 17 décembre 2021 dernier, deux jours après avoir inscrit le but, lors du temps additionnel, qui avait permis à l’Algérie d’éliminer le Qatar en demi-finale de la Coupe arabe de la Fifa à Doha, l’attaquant des Fennecs s’était retrouvé au chômage après la résiliation de son contrat avec le club de Qatar SC, officiellement par « consentement mutuel ».

Le joueur, sur les réseaux sociaux, avait pris le contre-pied des polémiques évoquant une réaction épidermique de ses dirigeants après son but décisif, en les remerciant pour « les moments passés à (leurs) côtés ».

Dopage, Ligue des champions et Coupe d’Afrique

L’international algérien (trente sélections, six buts) a connu des hauts et des bas lors de sa carrière. En septembre 2015, alors qu’il évoluait à l’USM Alger, il avait été suspendu quatre ans pour une affaire de dopage, une sanction finalement ramenée à deux ans. Pour se relancer, il avait opté pour la France et le SCO Angers (2017-2018), dont le président, Saïd Chabane, est d’origine algérienne. Mais son expérience avait tourné au fiasco, et Belaïli, après une seule rencontre jouée en Anjou, avait décidé de faire ses valises et de retourner à l’Espérance Tunis.

S’il a remporté la CAN et la Coupe arabe avec sa sélection, il a également gagné la Ligue des champions deux fois et le championnat de Tunisie à quatre reprises avec l’Espérance Tunis. « Il a un beau palmarès et il est talentueux, je pense qu’il a largement le niveau pour revenir en Europe. Son passage à Angers n’a pas fonctionné mais il a quelques années de plus et davantage d’expérience, c’est un joueur qui mérite une deuxième chance », estime Sébastien Desabre, l’actuel entraîneur de Niort (France, Ligue 2), qui a eu Belaïli sous ses ordres à l’Espérance Tunis en 2014.Natif d’Oran, l’attaquant a effectué ses débuts au RCG Oran, puis a rejoint le Mouloudia, le grand club de la ville. « C’est un pur Oranais. Il est arrivé au Mouloudia dans les catégories de jeunes, et on a tout de suite vu qu’il avait des qualités et beaucoup de talent », se souvient Youcef Djebbari, le président du MC Oran. Après un bref passage au CA Bordj Bou Arreridj (2009-2010), Belaïli était revenu dans le club de sa ville natale pour en devenir l’un de ses leaders. « Quand je suis arrivé en cours de saison pour sauver le club de la relégation, il faisait partie des meilleurs joueurs de l’effectif sur lesquels j’allais m’appuyer. Mais au début, j’ai dû le cadrer car il n’avait pas tous les codes du professionnalisme », intervient le Suisse Raoul Savoy, désormais sélectionneur de la Centrafrique.

L’apprentissage de la discipline

Le technicien n’hésite pas à le renvoyer chez lui quand ce dernier arrive en retard à l’entraînement. « C’était la même règle pour tout le monde. Au début il le prenait mal, mais il a compris que c’était pour son bien. Ce n’est jamais facile de sanctionner un joueur du club, adoré par les supporters et dont l’entourage est très présent. Quand je l’ai fait la première fois, son père, qui gère sa carrière, a demandé à me voir. Et lui aussi a compris que ce n’était pas contre son fils, mais au contraire pour son bien. Avoir du talent, c’est une chose, mais il faut de la rigueur si on veut faire carrière. » Depuis son bureau présidentiel, Youcef Djebbari approuve la méthode du Suisse. « Belaïli est un charmant garçon, qui avait besoin d’avoir un certain cadre. Certes, il y a eu cette affaire de dopage quand il était à l’USM Alger, mais mettons cela sur le compte d’une erreur de jeunesse », poursuit le dirigeant.

Ses entraîneurs sont unanimes sur les qualités du joueur. « C’est un garçon qui aime vraiment le foot, il est instinctif, il sent bien les coups. Il a mûri : je me rappelle qu’il avait tendance à prendre trop de cartons rouges parce qu’il se laissait emporter par ses émotions, ou discutait trop avec les arbitres. J’ai aimé travailler avec lui, c’est un type attachant, avec beaucoup de caractère », précise Sébastien Desabre. « Une fois qu’il a compris qu’il fallait respecter certaines règles, c’était facile de travailler avec lui : il assimile vite ce qu’on lui demande, mais c’est typiquement le genre de joueur très doué, à qui il faut laisser la possibilité de s’exprimer sur le terrain », poursuit Raoul Savoy.Djamel Belmadi, l’exigeant sélectionneur de l’Algérie, qui a la réputation de ne pas transiger sur la discipline, en a fait l’un de ses leaders. « Ce n’est pas par hasard si Belmadi lui fait confiance », conclut Youcef Djebbari. « Belaïli est un footballeur vraiment très doué, qui donne tout sur le terrain et qui fait la fierté des Oranais. Ici, beaucoup de jeunes joueurs rêvent de faire la même carrière que lui. »

La Rédaction

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