« The Woman King » : l’écrivain Florent Couao Zotti s’exprime sur la polémique au Bénin

« The Woman King » : l’écrivain Florent Couao Zotti s’exprime sur la polémique au Bénin

« The Woman King », la superproduction d’Hollywood qui célèbre les Amazones du royaume du Danxomè, est prête. Le film sortira dans les salles ce 16 septembre 2022 aux Etats-Unis. Pour les français, la projection en salles est programmée pour le 28 septembre2022.

« The Woman King » est un chef-d’œuvre de la réalisatrice américaine Gina Prince Bythewood. La célèbre actrice américaine Viola Davis y joue également. Le film raconte l’histoire des Agojiés (Amazones), une armée de femmes guerrières ayant défendu le royaume du Danxomè, dans l’actuel Bénin entre le 17ème et le 19ème siècle.

Comme si « c’était un crime de lèse-majesté… »

Ce film tourné essentiellement en Afrique du Sud, ne laisse pas de marbre les béninois. Dès la diffusion de la bande-annonce en juillet, une polémique a éclaté. Une polémique nourrit notamment par ceux qui voient en ce film une « appropriation culturelle ». Ils expriment leurs craintes quant à un possible dévoiement de l’histoire dans le récit cinématographique. Les auteurs de cette polémique dénoncent également la non-participation d’acteurs béninois à la production du film et surtout l’accent nigérian « grotesque » des comédiens. Pour l’écrivain Florent Couao-Zotti qui était sur un projet similaire avec Djimon Hounsou, pour notamment raconter l’épopée du Roi Béhanzin, il ne sert à rien d’aller vite en besogne juste après la visualisation d’une bande-annonce.

« La bande annonce d’un film montre tout, en même temps presque rien. C’est la vitrine achalandée d’une boutique qui vous permet de voir en accéléré ce qui est présumé être ses atouts majeurs. Sur le plan cinématographique, c’est une mise en scène de la mise en scène de l’histoire qui permet de capter, sans l’air d’y toucher, les moments singuliers de l’œuvre. Parfois, on n’y voit que dalle, le principal ressort étant de s’appuyer sur quelques éléments subjectifs du réalisateur pour parler du film. En français courant, on appelle cela  » prétexte « écrit l’auteur béninois sur sa page Facebook. Pour lui, la polémique tend à faire croire que c’était « un crime de lèse-majesté », d’avoir commis un film sur les Agodjiés du Danxomè sans les béninois, de n’avoir pas tourné « Woman King » sur les terres ancestrales de ces personnages, de n’avoir recruté ni technicien ni acteur du pays. « La menace de scier l’œuvre en deux et l’agitation de la trique contre son auteur sont devenues alors les seules réponses que les béninois projettent leur opposer » a poursuivi l’écrivain.

« Le film le plus ancré dans l’ère et l’histoire africaine »

Il rappelle que les Américains, « premiers capitalistes de l’industrie du cinéma, savent exploiter l’imaginaire des autres tant qu’ils peuvent le ramener à leurs standards. Aucune culture ne leur est indifférente. Asie, Inde, Australie, Moyen orient, toutes les aires, de la plus proche à la plus lointaine, leur ont toujours servi de substance pour nourrir leurs inspirations et redéployer leur créativité « . Jusque-là, l’Afrique noire n’a pas suscité grand-chose dans leur industrie. Mis à part Coming to America, Lion King, Invictus (et l’ensemble des films sur Nelson Mandela), Amistad et Black Panther, ils n’ont utilisé que quelques éléments du patrimoine africain pour alimenter leurs industries. « Woman King, parce qu’il nous concerne directement, constitue le film le plus ancré dans l’ère et l’histoire africaine », estime l’auteur béninois. Il note cependant quelques « petites turpitudes » dans ce film comme la « présence des chevaux au Danxomè, l’utilisation de l’anglais par les agodjiés (avec un accent horrible) ».

 

La Rédaction

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