Samuel René Pefoura ou Sampef raconte le peuple Bamoun et se raconte

Samuel René Pefoura ou Sampef raconte le peuple Bamoun et se raconte

A l’occasion de la sortie du livre de Sampef « Vision et grandeur du peuple Bamoun, du temporel à l’intemporel », partons à la découverte d’une part de l’Afrique et de celui qui la raconte. Entre Histoire et littérature artistique, on découvre le pharmacoéconomiste africain Samuel René Pefoura.

C’est sa dernière œuvre en date, « Vision et grandeur du peuple Bamoun, du temporel à l’intemporel », une œuvre qu’il co-signe avec Serges Ngounga, un jeune écrivain et poète Bamoun lui aussi qui vit à Paris. Il s’agit d’un recueil de quarante et un tableaux accompagnés de textes poétiques de plusieurs auteurs dont le bien connu écrivain, poète et dramaturge guyanais Elie Stephenson. Ces tableaux invitent le lecteur à s’approprier, où qu’il soit et d’où qu’il vienne, l’Histoire ou son histoire, à s’interroger sur le passé de ses ancêtres “parce que la connaissance des hommes qui nous ont précédés nous permet d’avoir des clés de lecture, des clés de compréhension du monde d’aujourd’hui.” précise Samuel René Pefoura, Sampef de son nom d’artiste.

Un royaume qui a inspiré le film Black Panther

L’ouvrage met en lumière la grandeur d’un peuple d’Afrique centrale établi à l’ouest du Cameroun. Une fédération de 250 tribus, soient 250 langues différentes à l’origine d’un royaume : le Royaume Bamoun, une société pré-coloniale traditionnelle fondée au XIVe siècle, en 1394 plus précisément, par le jeune prince Nchare Yen et dont la capitale s’appelle Foumban. Le roi est un souverain dont la succession est assurée par hérédité. Il est écouté par le chef d’Etat du Cameroun.

Il possède sa propre écriture et sa propre organisation politique et économique. C’est l’un des rares peuples en Afrique qui a su et qui a pu malgré le contact avec l’Occident, malgré les deux guerres mondiales, malgré tous les évènements qui ont secoué l’Afrique, tout conservé de son authenticité et de son fonctionnement ancestral.

Contrairement à de nombreuses organisations sociales qui n’ont malheureusement pas survécu, le royaume Bamoun a aussi résisté à la colonisation et à la déportation jusqu’à connaître la gloire d’inspirer un chef-d’oeuvre cinématograhique contemporain, le film Black Panther.

Le livre paru ce mois-ci en auto édition est disponible sur le site web de l’artiste et devrait bientôt l’être aussi en librairie. Par ailleurs, engagé dans une mission de transmission qu’il partage avec le plus grand nombre depuis la Guyane où il réside depuis 2015, Samuel Pefoura n’hésite pas à communiquer son numéro de téléphone, le 0694 27 82 28.

Sampef et Samuel Pefoura, les deux faces d’une même pièce

Matériellement, Samuel René Pefoura voit le jour avant Sampef, le 16 mai 1966 au Cameroun. Petit fils de prince et de princesse, il est originaire du Royaume Bamoun.

Il y grandit et y fait sa scolarité jusqu’au baccalauréat qu’il obtient en 1987. Il a sept frères et sœurs. Alors que certains de ses aînés font des études de médecine en France, lui, s’oriente vers des études de pharmacie en Belgique où il atterrit l’année de l’obtention de son bac. Il y obtient son diplôme puis repart travailler au Cameroun. Quelques années plus tard, il revient en Europe (Belgique et Paris) pour poursuivre et se spécialiser. A Bruxelles, il entre en pharmacie hospitalière et à l’université Paris 5 René Descartes, il obtient son diplôme en pharmacoéconomie.

Entre 2010 et 2012, installé comme pharmacien dans la région de Borinage en Belgique, Samuel Pefoura prend des cours de musique. Cette sensibilité artistique lui attire alors l’intérêt d’une artiste peintre qui crée chez lui le déclic. Samuel prend alors des cours de peinture en freelance aux Beaux-Arts de Bruxelles et de Mons. Chemin faisant, il se découvre, se souvient-il à haute voix, un sourire amusé sur les lèvres “une petite ressemblance de parcours avec celui d’un évangéliste arrivé en décembre 1878 dans cette même région de Belgique et qui en repartira après s’être mis à la peinture. Il s’appelait Vincent Van Gogh. Mais l’analogie s’arrête là.” s’empresse de préciser le pharmacien qui dit de lui qu’il est “rentré dans l’art par effraction … C’est pour cela que je signe à l’envers au bas de mes œuvres.” conclut-il très sérieusement.

C’est tout de même alors l’avènement de Sampef, influencé par le style du peintre surréaliste belge René Magritte et par l’artiste bamoun Ibrahim Njoya, le script du roi du même nom, Ibrahim Njoya, 17e Roi de la dynastie Nchareenne.

Le goût de l’art

Cette attirance et cette passion pour l’art ne semblent pas étrangères à son origine bamoun. “Cette région, explique Samuel, a toujours produit beaucoup d’artistes. Elle y héberge un Institut des Beaux-Arts. L’éducation y a toujours été l’une des grandes priorités. Pendant son règne, le Roi Njoya invente une écriture, crée une quarantaine d’écoles pour éduquer son peuple. Il en crée même à l’extérieur du royaume.” insiste Samuel. “Il professionnalise trois filières : la médecine, l’art et la coiffure. Tout cela se passe avant l’arrivée des Occidentaux.”

Même loin de sa terre, cette quête de connaissance du passé de l’Afrique et de l’Humanité n’a jamais quitté Samuel Péfoura. Ainsi, alors qu’il est consultant d’une société pharmaceutique basée à Genève en Suisse, le jeune pharmacien a tout le loisir de reconnecter avec l’histoire du Cameroun à travers toute la matière que renferme le musée ethnographique de Genève et Bâle. La mission de Paris, aujourd’hui le Defap, lui offre aussi de précieux éléments pour comprendre l’Histoire de ses origines.

La Guyane, l’étape de plus

Quand Samuel Pefoura vient en Guyane en 2012, c’est en tant que visiteur. Il vient rendre visite à des amis d’enfance. L’un est médecin à Saint-Laurent du Maroni, l’autre est pharmacien à Cayenne. Il se retrouve alors face à l’Art Tembe et il est profondément interpelé par les similitudes qu’il lui trouve avec l’art de son pays d’origine.

Il se sent appelé à revenir. En 2015, c’est chose faite. Il collabore dans diverses pharmacies guyanaises jusqu’à s’installer en 2016 à Bourda à Cayenne. Il mène en parallèle sa carrière artistique. Aujourd’hui, il a créé son courant artistique qu’il a dénommé Tembaka. « Tem » pour Tembe, « Ba » pour Bamoun et « Ka » pour l’esprit supérieur venu d’Egypte, c’est-à-dire le double spirituel, immatériel ou la matrice inhérente à chaque être humain et dotée des forces vitales de L’Univers.

Samuel Pefoura ou intermédiaire entre la diaspora Afro et l’Afrique

Docteur Samuel René Pefoura est également président Caraïbes de l’ONG américaine, ARK Jammers. Cette ONG qui prône la générosité et la bienveillance dans le monde est partenaire depuis 2009 du programme de reconnexion américain (ARP, Ancestry Reconnection Program) qui vise à reconnecter justement la diaspora Afro à l’Afrique grâce à un dispositif de réalisation et d’étude de tests ADN.

C’est pour communiquer sur ce programme qu’en 2018, Samuel Pefoura, également membre actif de l’association des Camerounais de Guyane, Kamer 973, avait invité en Guyane Avline Ava, la présidente de l’ONG américaine, avec qui il avait assuré une conférence à la mairie de Cayenne.

Si l’engouement est quelque peu retombé depuis, l’engagement se poursuit. C’est d’ailleurs ce travail qui a permis le 1er septembre 2021 dernier de respecter la volonté d’Elinor Estelle Taylor McCollum, née à Philadelphie aux Etats-Unis, d’être inhumée en Afrique.

Cette enseignante âgée de 80 ans a pu obtenir, grâce à ce programme, que ses cendres reposent en Afrique, la terre de ses ancêtres.

Selon Samuel Pefoura qui s’était déplacé pour la circonstance, c’est la première fois de façon officielle qu’un Afrodescendant refuse d’être enterré sur le sol qui l’a vu naître et parvient à être inhumé sur la terre de ses ancêtres confirmés par un test ADN.

Le Gran Man des Saamaca, Albert Abiokoni qui figurait dans une délégation qui finalement n’est plus partie pour des raisons protocolaires, a quand même pu suivre activement la cérémonie à distance depuis le Surinam.

Alors si l’œuvre de Vérité est immense et la tâche colossale, chacun en y apportant sa pierre participe à une construction qui pour être belle ne peut être que collective. Samuel Pefoura alias Sampef fait sa part … Il fait son colibri. “Et ce n’est pas terminé.” prévient-il “Cette aventure artistico-littéraire avec Serges (Ngounga) n’est que le début d’une série.”

La Rédaction

Laisser un commentaire