Moi, Didier Viodé, artiste contemporain et pluridisciplinaire

Moi, Didier Viodé, artiste contemporain et pluridisciplinaire

Né en Côte d’Ivoire, Didier Viodé est surtout connu pour son remarquable travail, mélange de peinture, de dessin et même de vidéo. Un artiste de grand talent qui donne l‘occasion d’observer le monde à travers son art.

Figure emblématique de l’art contemporain africain, connu pour ses séries d’autoportraits et son art protéiforme, l’artiste visuel né en Côte d’Ivoire, d’origine béninoise, nous engage, à travers son art, à porter notre regard sur les autres, sur le monde, sur l’universel.

Présent en février 2022 à Paris, pour une exposition autobiographique, et ce mois de mai à Dakar pour la Biennale de l’art contemporain africain, l’actualité de l’artiste toujours aussi dense nous invite à notre tour à poser notre 
regard sur le monde.

Il se souvient de la mer de son enfance, de celle de son pays natal, la Côte d’Ivoire. Il confie que le seul souvenir de ce paysage, « un paradis », suffit à le rendre heureux. Didier Viodé n’hésite jamais à se dévoiler, tout comme dans ses œuvres. L’objet de sa dernière exposition « Regarder le monde » est une série d’autoportraits autobiographiques, qui enchâssent images et gestes de sa vie, ses parents, son enfance, ses croyances. Le moment pour l’artiste de se concentrer sur son chemin intérieur.

Dans les allées intimistes de la Septieme Gallery (une galerie créée par deux jeunes femmes passionnées d’art contemporains africain, Julie Banâtre et Léa Perier Loko) se dévoilent des autoportraits avec ou sans visages, des « Hommes debout », qui ne sont ni tout à fait lui, ni tout à fait un autre, des photographies de son pays natal. L’artiste y met à nu son intimité mais toujours avec une certaine pudeur. Car pudique, il l’est aussi dans la vie. Un trait de personnalité que l’on retrouve volontairement dans son travail artistique. Il dit son parcours et ses détours, mais sans en livrer les détails.

Aujourd’hui, ses autoportraits sans visage sont devenus des portraits. À chaque dessin son décentrement. Qui est celui qui peint, qui est celui qui regarde ? Pour cela, il dit vouloir s’effacer dans l’anonymat pour laisser la place aux autres d’exprimer leur regard : « Je singe le masque qui nous a été posé pour l’exploiter à l’infini, je me dévoile et je m’efface derrière un masque sans visage. »

Au travers de ses peintures, l’artiste met en question notre capacité à regarder le monde. Observateur et anthropologue de l’humanité, en quelque sorte engagé, Didier Viodé puise ses inspirations dans tout ce qui l’entoure, la rue, la politique, les médias, l’actualité, la pandémie. Les portraits sans visage font suite à une série de 59 dessins « Autoportrait d’un confiné » réalisés au printemps 2019.

Par le jeu du masque, il nous invite à dépasser la perspective de son regard, pour y poser à notre tour le nôtre, questionner avec lui ou sans lui ce monde qui nous entoure, mais aussi à en observer la beauté. C’est dans une simplicité ultime que Didier Viodé nous donne à voir le beau et « la beauté terrestre » : un désert peuplé d’un arbuste, un ciel bleu ou une mer d’azur.

Il épure et dénude les apparences pour ne garder que l’universel, un monde sublimé. Inspiré par l’Arte Povera, il concentre son travail sur des matériaux insignifiants, il cherche avant tout à détacher l’œuvre de son support, du châssis, du cadre, de la contrainte. La couleur s’invite dans son travail, « jamais plus de deux à trois couleurs », insiste-t-il.

Un artiste résolument tourné vers l’Afrique

Dans ce monde qu’il nous donne à observer, son pays natal n’est jamais loin. Bien qu’il soit installé à Besançon depuis quelques années, l’artiste pluridisciplinaire entretient des liens forts avec ses origines. Parmi ses réflexions, celle de la place de l’art en Afrique.

À la question des œuvres restituées à Cotonou, l’artiste d’origine béninoise répond : « Les pays africains commencent à s’intéresser à l’art, les œuvres modernes viennent aujourd’hui accompagner les œuvres anciennes. Le Bénin est un petit pays chargé culturellement et artistiquement, c’est important de pouvoir valoriser les œuvres, également sur le continent. »

 Et quand on lui demande s’il existe selon lui un art contemporain africain, c’est avec cette pudeur et cet universalisme qu’on lui reconnaît qu’il répond : « Toute chose est une œuvre de l’esprit, je suis avant tout un artiste, un artiste contemporain, d’origine africaine, tourné vers l’Afrique et vers le monde. Le continent africain est doté d’une pluralité de richesses culturelles, il est difficile de dire qu’il existe « un art contemporain africain, il existe plusieurs manières d’appréhender l’art en tant qu’artiste africain, ou non africain sur l’Afrique, en étant géographiquement en Afrique ou ailleurs. Et d’ajouter : « De manière plus globale, il est surtout important de donner de la visibilité aux artistes contemporains africains et de valoriser leur travail, et bien entendu aussi sur le continent africain. »

L’envie de partager son regard sur le monde anime l’artiste. Reprendre enfin le chemin des galeries et des événements dédiés à l’art le met en joie. On le sait, l’humain est au centre de ses préoccupations. Son regard boulimique sur le monde, il souhaite avant tout le partager physiquement, rencontrer, échanger, célébrer : « Les œuvres numériques, dont il salue malgré tout la qualité et l’utilité, ne pourront pas remplacer cela », souligne-t-il. 

Parmi ses prochains physiques, la quatorzième édition de la Biennale de l’art contemporain africain de Dakar qui aura lieu du 19 mai au 21 juin 2022. L’exposition officielle internationale accueillera 59 artistes dont 4 collectifs, venant de vingt-huit (28) pays du monde, dont 16 pays africains et 12 pays de la diaspora. Occasion pour l’artiste ivoirien d’origine béninoise, qui figure parmi la sélection officielle, d’ouvrir notre regard grâce à son art à la fois minimaliste et universel, sur les richesses du continent et ses questionnements.

La Rédaction

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