Mao Zybamba : ‘‘L’art n’est pas un métier…’’

Mao Zybamba : ‘‘L’art n’est pas un métier…’’

Depuis la Suède où il réside depuis une dizaine d’années, Mao Zybamba, à l’état civil Mohamed Ouédraogo, représente valablement les couleurs nationales dans le domaine de l’art, notamment la musique et le conte. Ce natif de Mankoula dans la province du Boulkiemdé, dit croire au pouvoir du conte, celui de « permettre de nous fixer, de savoir comment nous comporter dans chaque situation de la vie et de faire la différence entre vivre, exister et être. »

C’est au début des années 2000 que Mao Zybamba découvre la ville de Ouagadougou, après 19 ans passés au village où il a été bercé par les chants de sa mère et les contes de sa grand-mère. Après un passage éclair dans un établissement du quartier Tampouy pour des études de comptabilité, il décide de « se chercher », faute de moyens.

Après avoir tiré le diable par la queue, il décide de monter sur les planches. « Je me suis lancé dans le théâtre pour soulager mon âme. Quand tout semble noir, il faut s’accrocher à quelque chose. Moi, c’était le théâtre. J’ai été formé à la compagnie de théâtre Sagl-Taaba à Tampouy avec d’autres conteurs comme KPG. J’ai appris également le conte avec le festival de contes international Yeleen de Hassane Kouyaté », se souvient Mao Zybamba.

Durant son apprentissage, il a également bourlingué à travers le pays en compagnie de son maître. Il s’agit de Charles Oubraogo, célèbre artiste et comédien burkinabè qui a joué dans des films comme Ouagadougou Zoodo ou la Cité pourrie de Aboubacar Zida dit Sidnaaba.

La culture, ce n’est pas du divertissement

« À mes débuts, j’ai informé mon père que je voulais me lancer dans le domaine culturel. Il m’a dit : tu es libre, tu as ma bénédiction, mais il ne faudrait pas en faire un métier. Les débuts étaient difficiles. On traversait la ville, de Kilwin à Wemtenga pour dire des contes. On nous traitait de paresseux », se souvient Mao Zybamba. Il ne manque pas l’occasion de lancer à qui veut l’entendre que « la culture, ce n’est pas du divertissement ». « Autrefois, soutient-il, quand un guerrier allait en guerre, il y avait toujours un musicien à ses côtés pas pour le divertir, mais pour l’encourager et lui rappeler sa responsabilité ».

Coup de foudre avec la Suède

En 2009, Mao Zybamba commence une tournée européenne qui le conduira dans les pays scandinaves. Séduit par la Suède, il décide d’y séjourner. « Ceux qui aiment la culture acceptent les différences et acceptent discuter de choses banales et taboues. Je me suis intégré facilement. Je ne me suis pas senti marginalisé, car je suis un homme ouvert. En Suède, j’ai cherché à comprendre leurs histoires, les noms de famille. Chaque être humain aime quand on lui demande de raconter son histoire. C’est par là que commence l’identité et la vie. J’ai visité des sites touristiques que certains Suédois eux-mêmes ignorent », s’enorgueillit l’artiste musicien, comédien et conteur.

Redonner le sourire aux malades

Le jeune burkinabè fait partie des premiers agents de santé qui ont été formés sur la prise en charge des malades atteints de Covid-19 en Suède. En collaboration avec la direction de l’hôpital où il travaille, il a conçu un projet qui consistait à faire venir des artistes pour prester dans la cour de l’hôpital, chaque vendredi afin de redonner le sourire aux malades.

De la Suède, Mao Zybamba n’oublie pas le Burkina Faso. Il affirme avoir acheté des bendré, des kundé et autres instruments pour les habitants de son village afin de continuer à entretenir la flamme de la tradition. « La communication et l’esprit d’ouverture sont la plus grande richesse que l’on puisse léguer aux enfants », se convainc-t-il.

« Le conte nous permet de nous fixer »

Pour Mao Zybamba, l’art est un refuge pour son âme, un lieu où il dialogue avec lui-même et où il essaie de comprendre les hommes. Et dans un Burkina en proie aux attaques terroristes, le conteur pense qu’il faut un retour aux sources. Il dit être convaincu que « le conte nous permet de nous fixer, de savoir comment nous comporter dans chaque situation de la vie ». « Le conte, poursuit-il, nous permettra de faire la différence entre vivre, exister et être. A quoi cela sert-il de courir après la richesse et le pouvoir quand on n’a pas de territoire ? »

« Le pouvoir, la richesse et l’amour doivent se compléter »

Mao Zybamba a d’ailleurs écrit un conte théâtral intitulé « les invités inattendus » qui met en relation le pouvoir, la richesse et l’amour. « Tout ce qui nous arrive est en partie dû au fait que les gens ont mal compris les notions de pouvoir, de richesse et d’amour. Ces trois éléments doivent se compléter pour que l’homme puisse mieux vivre. Par exemple, il faut être guidé par un pouvoir intérieur pour arriver à ne pas commettre de viol. Pourquoi amasser beaucoup richesses si ce n’est que pour en profiter avec son épouse et ses enfants et délaisser ses employés ? Faut-il aimer, encore et toujours jusqu’à en perdre la raison, jusqu’à aimer le sang qui coule ? », interroge le jeune conteur.

Ce conte sera joué en français et en suédois en Islande en 2022. Une version audio sera produite et diffusée dans les écoles afin de susciter des débats entre les élèves. Le souhait de Mao Zybamba et de son équipe de production est de se produire un jour ici au Burkina.

« Les artistes ont trop d’égo »

À la question de savoir s’il entretient de bons rapports avec les artistes burkinabè, le jeune conteur dira qu’il n’entretient pratiquement pas de relation avec eux, excepté quelques personnes comme le conteur KPG qu’il suit et apprécie énormément. Il estime que la plupart de ces artistes « ont trop d’égo ». Et voici la raison : « Ça fait dix ans que je vis en Suède. J’ai fait des scènes avec d’autres artistes. On n’a pas besoin de se faire solliciter pour avoir un contact. Un artiste doit être ouvert et pas fermé. Ici au Burkina, on ne sent pas trop la relation entre les grands et les petits. Nous devons être une famille ».

« L’artiste doit être indépendant »

Mao Zybamba estime que les artistes doivent penser « culture » et les entrepreneurs culturels « argent ». « Quand l’artiste se retrouve entrepreneur, la culture perd sa valeur. On ne peut pas suivre deux lièvres à la fois. L’artiste doit être la boussole qui guide l’enfant, qui rappelle au vieux sa jeunesse, qui oblige le politique et le riche à penser aux choses banales. Mais quand l’artiste devient esclave de ceux qui ont le pouvoir, alors il ne peut plus dire ce qu’il a à dire. L’artiste ne doit pas composer un texte en faisant attention à ce que va penser telle personne qui l’a aidé. L’artiste doit être indépendant », conclue-t-il.

La Rédaction

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