Maître Ludovic Fadaïro, célèbre mémoire de la peinture

Maître Ludovic Fadaïro, célèbre mémoire de la peinture

 « Je veux me prévaloir d’une vieille amitié et d’une longue complicité avec Fadaïro pour parler de l’artiste créateur. Car, il était une fois… Sur le ton d’un conte plus susurré que narré, un jeune homme qui se laissa aller à refuser de prendre les chemins rectilignes et fort bien balisés des sages accomplissements, parce qu’il était, autant de tradition que de raison, dans sa société, pour les jeunes de sa génération, de ne rêver d’être que médecins, ingénieurs, pilotes de ligne, professeurs, curés si l’on veut. Mais, artiste, non !

“ On n’explique pas une vocation, soutient Chardonne, on la constate ».

Le jeune Fadaïro choisit de faire constater à tous qu’il a préféré se fourvoyer sur les voies problématiques de l’art et de se donner pour compagne la palette de lumières dont il n’a cessé depuis d’animer la vie des êtres et d’habiller le corps des choses.

Fadaïro a choisi d’être artiste-plasticien.  Et il est un artiste-créateur et un grand, se faisant tour à tour, par ses œuvres multiples et diverses, qu’on les rencontre dans les galeries du monde ou dans les collections privées, le témoin de son temps et le sculpteur du temps saisi dans l’éternité de la durée.

Faïdaïro est le témoin de son temps, parce que son œuvre est historiquement datée. Sa force d’anticipation ne pourra jamais l’extraire tout à fait des réalités d’une époque dont il est et reste le produit. Son art dit et signifie son temps.

Tout comme les moyens techniques qu’il met en œuvre ou les matériaux dont il se sert resteront pour toujours comme des vestiges d’un temps, le temps de l’artiste, espace clos qui le contient tout en entier et marque, en quelque sorte, ses limites terrestres et temporelles.

Et l’on se tromperait lourdement si l’on devait détacher ou isoler l’œuvre de Fadaïro de ce foyer incandescent d’initiatives culturelles que fut la Côte d’Ivoire des années 70 et 80.

L’Institut national des Arts de Cocody : voilà le nid-laboratoire où on a couvé jusqu’à éclosion une pléiade d’artistes, les uns aussi talentueux que les autres, dans des registres de réalisations aussi diverses que différentes comme la musique, le théâtre, les arts plastiques.

Au théâtre, pour ne prendre que ce seul exemple, Niangoran Porquet, initiateur de la “ griotique ” donnait la réplique à Zadi Zaourou, le concepteur du “ Didiga ”. Et si Daniel Adjé se cantonnait dans le gros rire avec le boulevard, Soulemane Coly s’exerçait à créer un opéra musical africain aux couleurs chatoyantes du Manding. Pendant ce temps, deux grandes dames, Wère-Wère Linking et Marie-Josée Hourantier faisaient entrer sur scène et par effraction le théâtre rituel.

Même le septième art, réputé difficile à cause des moyens financiers qu’il met en œuvre, trouvait preneurs en cette Côte d’Ivoire de cette époque-là. Yéo Kozoloa, Henri Duparc, Désiré Ecaré et autres Gnoan Mbala portaient leurs rêves à l’écran.

Il y a ainsi un environnement à l’œuvre de Fadaïro, une ambiance autour de la création de Fadaïro et une foule de déterminants dans la créativité de Fadaïro. Comme quoi “ Il n’y a point de hasard ; tout est épreuve, ou punition, récompense, ou prévoyance ” (Voltaire).

Si le témoin est tributaire de son temps, le sculpteur, par contre, semble s’en affranchir en ce qu’il accède au temps de Dieu qu’il sait graver en des choses essentielles et pérennes. Nous sommes en présence d’une sorte d’actualité éternelle. Elle raconte la permanence des principes, des normes et des valeurs qui traversent les âges sans prendre la moindre ride.

La lecture de l’œuvre de Fadaïro nous situe. Au cœur des préoccupations de l’artiste, il y a, d’abord et avant tout, la vie : à décliner et à appréhender dans ses trois dimensions majeures.

D’abord, la vie comme le temps de l’initiation. Car nul n’est autorisé à y entrer sans montrer patte blanche, c’est-à-dire sans apprendre à être. D’où le foisonnement des signes et des symboles dans l’œuvre de Fadaïro comme une manière d’investissement et de recapitalisation du riche patrimoine des cultures africaines. Un passeport pour la vie.

Ensuite, la vie comme le temps d’une tension créatrice. Car nous avons mission, dans notre arène existentielle, de nous réaliser et de nous accomplir, de faire fructifier nos talents et de donner corps et forme à nos rêves. Ainsi, après apprendre à être, nous voici de plain – pied avec la nécessité d’apprendre à entreprendre. Ce que sait raconter à merveille le mouvement qui habite toute l’œuvre de Fadaïro : une invite constante à la réflexion et à l’action pour se faire l’architecte de sa propre existence.

Enfin, la vie comme le temps d’une quête sans fin de vie.  Ce qu’ont su bien camper certaines cultures africaines, à travers le symbolisme de la termitière qui a toujours faim de terre, qui exige que la terre soit toujours ajoutée à la terre. Apprendre à être, apprendre à entreprendre. Mais également, apprendre à apprendre. Car personne ne sait jamais assez pour prétendre tout savoir et a fortiori pour cesser d’apprendre.

Cette troisième dimension de la vie dans l’œuvre de Fadaïro s’ordonne, en fait, comme un “ au-delà de l’œuvre ” elle-même. En effet, l’école de sa vie qu’a cherché à édifier Fadaïro se prolonge, au-delà de l’œuvre, en une école de la vie qui échappe totalement à l’artiste-créateur.

Ainsi entre-t-on dans l’œuvre de Fadaïro comme on entre dans le Bois sacré. Et l’on n’en ressort que pour poursuivre un chemin de vie, un chemin sans fin.

Il en est ainsi de toutes les œuvres majeures : elles témoignent pour aujourd’hui ; elles marquent à jamais la mémoire des temps. Accordons-nous donc avec Fadaïro pour affirmer cette vérité fondamentale : “ Le vide est plein de vie ”, pour dire, en d’autres mots, que le vide n’existe point. Car Dieu, en créant l’homme, l’a chargé d’une grande mission : combler le vide sur la terre.

Et l’homme à son tour, et par-delà, l’artiste le lui rend bien en créant des œuvres de beauté en hommage à Dieu l’incréé pour que l’esprit habite toute chose. Et l’esprit, c’est Dieu ».           

La Rédaction

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