Maïmouna Coulibaly, la danse comme stratégie de survie

Maïmouna Coulibaly, la danse comme stratégie de survie

Dans son livre « Je me relève », la chorégraphe, initiatrice de la « booty therapy », témoigne d’une vie marquée par les violences sexistes et par l’irruption du terrorisme.

Chaque samedi à 6 heures, retrouvez une semaine d’actualité et de débats traitée par la rédaction du « Monde Afrique ».

Un soir, face à son miroir, Maïmouna Coulibaly s’enfarina le visage et les bras. La fillette promit ensuite à Dieu « de faire tout ce qu’il voulait en échange de devenir blanche », afin de ne plus subir les insultes racistes des garçons de sa classe, qui l’avaient surnommée « Caca ». Au réveil, le miracle espéré ne survint pas. La petite fille scruta alors ses traits et eut une révélation : elle était belle. « Parfaite. » C’étaient ses harceleurs qui avaient « de la merde dans les yeux ! ».

Retourner le stigmate et apprendre à aimer son corps : aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, Maïmouna Coulibaly a toujours usé de cette stratégie de survie en milieu hostile. Tout au long de son parcours éprouvant, il lui a fallu affronter et déjouer la violence sous toutes ses formes, de la plus ordinaire à la plus sordide.

Il y eut l’excision à l’âge de 4 ans, lors d’un séjour au Mali – le pays de ses parents –, les viols infligés en France par des petits amis et par un proche de la famille, les attouchements d’un pilote d’avion lors d’un vol Paris-Bamako, ceux du professeur de saxophone, du moniteur de colonie de vacances… Au total, de sa prime enfance à la trentaine, Maïmouna Coulibaly explique avoir recensé une centaine d’agressions commises contre son corps.

De cette existence marquée par la brutalité, elle n’a rien laissé transparaître durant des années. Dans sa vie publique, la chorégraphe, originaire de Grigny (Essonne) et longtemps affublée de tenues rouges flamboyantes, était surtout connue pour ses danses afro-caribéennes délurées et ses apparitions télévisées avec son gang de performeuses, les Ambianceuses.

« La violence sexiste n’a pas de frontière »

Aujourd’hui âgée de 46 ans, la chorégraphe livre dans Je me relève (éd. Anne Carrière, 2021) un récit brut de sa vie esquintée. Sous forme de fragments de vie, teintés par moments d’un humour détonnant et à chaque fois d’un art consommé de la chute, Maïmouna Coulibaly raconte à hauteur de petite fille, d’adolescente puis de jeune femme une histoire de la violence sexiste.

« J’ai écrit ce livre pour les petites sœurs des quartiers et pour toutes les femmes, quelles que soient leur origine et leur religion, car la violence sexiste n’a pas de frontière », confie-t-elle de Berlin, où elle vit depuis 2018 : « Ce livre est aussi pour les hommes, pour qu’ils comprennent le mal qu’ils nous font. »

[…]

La Rédaction

Laisser un commentaire