L’étoile marocaine Rhita Nattah vise la lune du showbiz africain

L’étoile marocaine Rhita Nattah vise la lune du showbiz africain

La star du royaume chérifien fait de plus en plus parler d’elle sur les plateformes de streaming. Après des reprises appréciées de succès afrobeats, elle se lance dans la composition et la production avec une réelle conviction.

Elle, c’est l’afrobeat qui l’habite. Un cocktail de jazz, de funk, de highlife (musique ghanéenne née au début du siècle dernier) et de sons traditionnels nigérians. Le terme est inventé au début des années 1970 par le charismatique homme-orchestre nigérian Fela Kuti avec l’apport inestimable de son batteur Tony Allen. Musique hautement entrainante, l’afrobeat se base sur peu d’accords, récurrents, dispatchés entre claviers et guitares, soutenus par des rafales de cuivres imposants et mélodiques. Sa popularité, immédiate au Nigéria, s’exporte vers d’autres pays africains comme le Cameroun, le Bénin ou l’Ethiopie. Des artistes à l’image de Manu Dibango se servent avec gourmandise dans cette marmite aux odeurs pénétrantes. D’autres pays (Etats-Unis, Canada, France, Angleterre…) revendiquent des musiciens adeptes de cette musique. Le Maroc est désormais représenté par Rhita Nattah. Pourtant, à ses débuts, elle est emportée par le blues, le jazz, la soul, le reggae, le rap et le R&B qui nourrit ses premières pulsations. Elle passe le plus gros de son temps libre à fouiner, à découvrir, à s’initier et à se rêver chanteuse. Elle donne libre cours à ses cordes vocales, ne s’engageant dans aucun apprentissage académique. Ses ailes la font décoller au rythme de l’oisillon. Son amour pour la musique occidentale lui fait presque oublier les notes de musique andalouse que son oncle lui joue alors qu’elle est encore gamine. Son terrain de prédilection compte désormais une bande disparate de bienfaiteurs : Robert Plant, Janis Joplin, Bob Marley, Sarah Vaughan, Stevie Wonder, Amy Winehouse.

Sauce savoureuse

Née à Fès en 1994, Rhita Nattah Bennani vit depuis l’enfance à Rabat où elle donne plus tard de la voix en écumant entre autres des scènes d’universitaires. Elle se lance dans des reprises qu’elle poste sur YouTube et séduit un public de plus en plus nombreux. Des exhibitions vocales épurées soutenues par une guitare amoureuse, celle de son conjoint Samir El Bousaadi. Elle étonne par sa version de «You Know I’m No Good» que Winehouse réalise en 2006 et capte durablement par d’autres reprises qu’elle poste à un rythme hebdomadaire. Rhita fait le tour de ses obsessions musicales avant d’observer une halte pour goûter à des mets afrobeat qu’elle sert à sa savoureuse sauce. Son land d’inspiration se nomme Nigéria, pays où les chanteurs poussent à tous les coins de rues. L’afrobeat initial est remodelé, métamorphosé, mis au goût d’un public moulé dans les bacs d’une industrie musicale intransigeante. Cela permet une large visibilité, des rencontres (souvent virtuelles) déterminantes et un rayonnement inespéré. Rhita Nattah revisite «Simiya», premier single du Nigérian JP, artiste afropop à qui on prédit un avenir percutant. Elle reprend «Pana» de l’autre nigérian Tekno Miles surnommé Golden Boy of Africa et membre de l’écurie Universal. Il collabore sur l’album «The Lion King : The Gift» réalisé par Beyoncé en 2019. Elle s’empare d’une autre pépite nigériane, «Soco», de Starboy accueillant pour l’occasion Wizkid qui connaît la notoriété grâce à son futuring avec le rappeur canadien Drake. Rhita aligne également ses propres singles comme «Not The Same», «Sinner» avec DJ Van, «Talkin’ Bout Shit» et le récent «Effects of Thoughts» sorti fin mars, pièce qu’elle écrit et coproduit avec le fidèle El Bousaadi. La voici auteur-compositeur-interprète et ce n’est que le prélude de nouvelles aventures, l’artiste étant déterminée à faire beaucoup de bruits, à mettre le feu.

Un visa pour le showbiz

Rhita Nattah peut aujourd’hui se targuer d’interpréter d’une façon originale l’afrobeat, un afropop respirant des effluves underground nu soul. Chantant essentiellement en anglais, l’artiste laisse découler de sa voix des frémissements arabo-africains. Il y a quelques années, elle s’essaie à des performances avec le groupe-concept du DJ suisse Kadebostany, notamment sur l’album « Monumenta l». Que manque aujourd’hui à cette battante qui participe en 2020 aux showcases de Visa for Music à Rabat ? Un visa justement mais à multiples entrées dans la sphère prisée du showbiz. A condition qu’elle réussisse à garder l’âme de ce qui la fait courir depuis son coup de foudre, depuis son idylle avec la note qui laisse perplexe.

La Rédaction

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