« Les Aquatiques » : le récit du parcours émancipateur d’une femme en Afrique

« Les Aquatiques » : le récit du parcours émancipateur d’une femme en Afrique

‘‘Les Aquatiques’’ est le récit du parcours émancipateur d’une femme vivant sous le joug de plusieurs injonctions dans un pays imaginaire d’Afrique, gangréné par la corruption et la lutte des élites pour rester au pouvoir. Ambitieux et percutant, le livre d’Osvalde Lewat est une critique du pouvoir et des traitements auxquels sont exposés les femmes et les homosexuels dans l’Afrique contemporaine. Rencontre.

Les Aquatiques raconte le parcours de plusieurs personnes victimes d’oppressions dans un pays imaginaire d’Afrique où les élites politiques se livrent une âpre lutte pour préserver leurs fonctions et avantages. Parmi elles, Katmé, épouse du préfet et futur gouverneur, verra son monde basculer après l’arrestation de Samy, son ami sculpteur devenu, en raison de son homosexualité, un sujet d’affrontement entre aspirants gouverneurs en manque de programme politique. Désormais pointée du doigt par les siens, qui fustigent sa proximité avec un homosexuel, Katmé entamera un combat pour s’affirmer dans une société patriarcale et superficielle où les intérêts et la carrière de son époux importent davantage que son émancipation…

Rédigé à la première personne, le texte de la Franco-Camerounaise se lit avec attrait et frissons, tant les situations dépeintes dans le livre trouvent écho dans l’actualité de plusieurs Etats africains où les femmes et les homosexuels sont encore privés de droits fondamentaux, leurs genre et sexualité étant perçus comme étant inférieurs et avilissants.

Photographe et documentariste, Osvalde Lewat signe avec Les Aquatiques un premier roman lucide sur la souffrance des femmes et des homosexuels dans une Afrique contemporaine se voulant progressiste, mais où, dès l’enfance, les hommes sont encouragés à rejeter l’altérité genrée et sexuelle.

« Les Aquatiques se déroule effectivement au Zambuena, un pays imaginaire qui ressemble à différents pays d’Afrique subsaharienne où j’ai vécu, à l’exemple du Congo ou du Cameroun où je suis née. Je ne voulais pas me restreindre à cause d’une dénomination de pays, d’une toponymie. Si j’avais fait ce choix, on m’aurait opposé que telle ou telle situation dépeinte dans le roman est inexacte. C’est donc par souci de liberté et besoin de débrider mon imaginaire que j’ai choisi de transposer l’intrigue de mon roman dans un pays qui n’existe pas, mais qui rappelle quand même plusieurs pays d’Afrique subsaharienne… »

J’ai vécu et grandi dans un contexte social et politique où, malheureusement, la lutte pour le pouvoir est sans merci. C’est une réalité bien évidemment commune à d’autres zones géographiques. Il n’y a pas qu’en Afrique que les luttes pour le pouvoir sont aussi brutales. Mon souhait était de raconter les expériences de personnes qui, par le fait du hasard, se retrouvent aux prises avec une machine qui les dépasse et cette machine-là, c’est le rouleau compresseur de l’Etat. Car j’ai toujours été révoltée par l’injustice et l’arbitraire qu’un État peut exercer sur les individus.

La part autobiographique du livre

« Les Aquatiques comportent une part minimale d’autobiographie. J’ai en commun avec Katmé la perte de ma mère à un âge très jeune, et de l’avoir vu enterrer deux fois. On va dire que je me suis nourrie de la réalité sociale, politique et économique dans laquelle j’ai vécu pour écrire ce roman, qui reste malgré tout un texte de fiction. Katmé est un personnage qui a été pensé à rebours de moi puisque dans le roman, c’est quelqu’un qui entame un processus de déconstruction tard dans sa vie alors qu’elle est déjà mariée avec des enfants. Moi, très tôt, j’ai souhaité me réinventer pour m’affranchir des carcans du groupe. Donc, s’il y a effectivement dans Les Aquatiques des scènes qui ont une résonnance forte avec certains événements que j’ai vécus, le roman est globalement le fruit de mon imagination ».

Les Aquatiques est un roman qui évoque la situation de la femme en Afrique subsaharienne au XXIe siècle, dans des sociétés où, malgré de nombreuses avancées, de nombreux acquis, la situation de la femme est encore problématique. À cause notamment des injonctions du mari, de la famille et de la société. Il m’a semblé intéressant de montrer que, même si elles ont réussi leurs vies, les femmes continuent d’être infantilisées par une société qui continue à penser qu’elles ne sont pas des êtres humains à part entière, qu’elles ne peuvent s’autonomiser, s’épanouir sans être sous le joug d’un homme.Ce qui me frappe lorsque je lis des ouvrages qui portent sur les femmes africaines durant la période précoloniale, c’est qu’elles avaient beaucoup plus de droits et de libertés que ce que la société leur reconnaît aujourd’hui. Il y avait des guerrières, des reines, une transmission matrilinéaire de l’héritage dans certaines sociétés et des structures de cogestion du pouvoir entre les hommes et les femmes. C’est étonnant de réaliser à quel point il y a eu une régression importante des droits des femmes en Afrique après la colonisation et l’instauration des religions monothéistes.

Dès qu’on parle de droits des femmes, de féminisme, on se heurte à des critiques affirmant que c’est une vision occidentale de la place de la femme dans la société. La femme africaine serait par essence soumise, obéissante, éduquée pour être au service de son époux et de la communauté. Le fait que des femmes diplômées, qui ont un travail, puissent se sacrifier pour maintenir cet équilibre social et familial au nom de la paix du groupe et des diktats sociaux est une réflexion qu’il m’a semblé nécessaire de mener dans le roman.

La Rédaction

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