Le réalisateur somalien Mo Harawe à la Berlinale 2022

Le réalisateur somalien Mo Harawe à la Berlinale 2022

C’était le seul des six films de réalisateurs africains en lice pour l’Ours d’or… des courts métrages. « Will My Parents Come To See Me », réalisé par Mo Harawe et tourné en Somalie sur la question de la peine de mort, a été présenté en première mondiale à la Berlinale 2022. Retour sur la présence africaine dans l’un des plus grands festivals de cinéma au monde qui s’achève ce dimanche 20 février 2022 dans la capitale allemande.

Mo Harawe est un homme heureux, comblé par les applaudissements du public après la projection de son court métrage au Cubix-Alexanderplatz à Berlin. Il a tourné son film en somali, la langue officielle de la Somalie, mais il nous donne l’interview en allemand, avec un accent autrichien. Le parcours de sa vie se reflète de façon naturelle dans sa manière de s’exprimer, donc aussi dans ses films, comme l’atteste la liste des pays de production de son film acclamé, Will My Parents Come To See Me (Autriche, Allemagne, Somalie).

Né en 1992, à Mogadiscio, Mo Harawe a fui la Somalie pour se réfugier en 2009 en Autriche où il a commencé sa carrière cinématographique avec plusieurs courts métrages primés dans des festivals, à l’instar de The Story of the Polar Bear That Wanted To Go To Africa (2018) ou Life on the Horn (2020). Aujourd’hui, il poursuit ses études à l’université des arts de Kassel, en Allemagne. Avec les cinq autres réalisateurs africains sélectionnés à la Berlinale, il partage le fait que son film est profondément attaché à son pays d’origine, traite un sujet grave, met en scène des Africains et cherche une sorte d’indépendance par rapport aux récits occidentaux.

Les films africains à la Berlinale 2022

« Nous avons fait un pas en avant », affirme Carlo Chatrian, le directeur artistique du Festival international du film de Berlin, en regardant le nombre de productions plus nombreuses accueillies en 2022. Pas de long métrage film venu d’Afrique en compétition officielle, mais la présence de plusieurs pays du continent noir, dont « on ne connaît pas trop les filmographies : le Rwanda, le Centrafrique, le Soudan du Sud… Donc, la carte mondiale s’élargit, ce qui est bien. »

Dans Father’s Day, « une production 100 % rwandaise » présentée dans la section Encounters, le Rwandais Kivu Ruhorahoza, 39 ans, a interrogé les lourdes conséquences de la paternité absente après le génocide au Rwanda. Dans Kumbuka (États-Unis, RDC), présenté dans la section Forum Expanded, le réalisateur congolais Petna Ndaliko Katondolo, né en 1974 à Goma, nous invite à réfléchir en compagnie de deux jeunes réalisateurs congolais, Bernadette Vivuya et Kagoma Twahirgwa, sur l’héritage de l’imagerie coloniale et sur l’enjeu crucial pour les Africains de créer et diffuser leurs propres images. Quant à Ike Nnaebue, figure majeure du cinéma Nollywood, il a revécu son propre périple entrepris il y a 26 ans pour rejoindre l’Europe, au travers des expériences de jeunes migrants d’aujourd’hui traversant les mêmes pays que lui à l’époque, mais sur des routes bien encore plus dangereuses, du Nigeria au Maroc, de Lagos à Tanger. No U-Turn (« Pas de retour en arrière ») (Nigeria, Afrique du Sud, France, Allemagne), présenté dans la section Panorama, a remporté une mention spéciale comme Meilleur film documentaire de la Berlinale.

Rafiki Fariala, 24 ans, a réussi avec Nous, étudiants ! à la fois une plongée dans le campus universitaire de Bangui et une exploration de la vie quotidienne centrafricaine, sans oublier qu’il s’agit du premier film centrafricain sélectionné à la Berlinale. Dans son premier long métrage, No Simple Way Home, la réalisatrice sud-soudanaise Akuol de Mabior, fille du héros de l’indépendance du Soudan du Sud et de l’actuelle vice-présidente du pays, cherche à s’approcher et de l’histoire de son pays et de sa famille. Là, où Mo Harare se distingue avec Will My Parents Come To See Me, est qu’il situe l’histoire de son drame dans son pays d’origine, mais il le traite comme un sujet d’importance universelle. Chacun comprendra que l’absurdité de l’exécution de la peine de mort mise en scène par Mo Harawe dans son film serait la même aux États-Unis, en Chine, en Iran, en Arabie saoudite ou dans tout autre pays où la peine capitale reste en vigueur.

La Rédaction

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