Le réalisateur Ike Nnaebue relate sa vie dans un documentaire

Le réalisateur Ike Nnaebue relate sa vie dans un documentaire

En reprenant un chemin parcouru deux décennies auparavant, le réalisateur nigérian Ike Nnaebue se remémore ses espoirs d’exil et livre les témoignages de jeunes migrants d’aujourd’hui, en quête d’une vie meilleure.

C’était il y a vingt-six ans. Ike Nnaebue, 18 ans, quittait le Nigeria pour entreprendre le voyage de sa vie : traverser l’Afrique de l’Ouest en passant par le Bénin, le Togo, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie et le Maroc, et franchir le détroit de Gibraltar. Son ambition : faire fortune en Europe. Muni d’un atlas et de quelques centaines de dollars, il espérait rejoindre la côte espagnole pour se faire embaucher dans les fermes où, disait-on, « il y a toujours du boulot pour quiconque est prêt à travailler dur ». Travailler ne lui faisait pas peur : aîné de sa fratrie, il avait dû quitter l’école à 13 ans pour entrer en apprentissage et aider sa mère, veuve, à subvenir aux besoins de la famille. Son périple s’était pourtant arrêté à Bamako (Mali). Effrayé par les récits de trafics d’êtres humains et les vols, il avait choisi de rester sur le continent africain.

Un portrait saisissant de la jeunesse d’Afrique de l’Ouest

Devenu aujourd’hui un réalisateur reconnu de Nollywood, Ike Nnaebue décide de reprendre cette route parcourue plus de deux décennies auparavant dans « Lagos Tanger, aller simple ». Dans ce film narré à la première personne, à la manière d’un journal de bord, l’ancien migrant se remémore ses sensations au moment de quitter tout ce qui lui était familier, de l’excitation devant ce saut vers l’inconnu, de la peur qui surgit aux abords de chaque nouvelle ville.

Son documentaire offre également un portrait saisissant de la jeunesse d’Afrique de l’Ouest. Au gré de ses rencontres à bord d’autocars lancés sur des milliers de kilomètres, il donne à voir la condition de ces jeunes migrants qui quittent leur communauté, leur culture, en quête d’une vie meilleure. Pression familiale, chômage endémique, soif de liberté, chacun raconte ce qui le pousse à entreprendre cette dangereuse traversée. Ike Nnaebue n’oublie pas de filmer ceux qui, comme lui, se sont arrêtés en chemin, par manque d’argent souvent. Pour eux, pas de retour en arrière : rentrer sans avoir atteint son but est impensable. Rien n’a changé depuis sa tentative avortée, constate-t-il avec amertume. L’espoir se trouve toujours de l’autre côté de la Méditerranée.

La Rédaction

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