La vie selon Salim Mzé Hamadi Moissi

La vie selon Salim Mzé Hamadi Moissi

Il a débarqué ce 14 Février 2022, en provenance de chez lui, Les Comores, qui malgré ses tournées sur les plus grandes scènes d’Afrique, de France et de Navarre et la réalisation de ses projets internationaux, reste son port d’attache. Celui où il a choisi de faire école, de créer aussi un festival, et où il travaille, comme on dit, en bonne compagnie. La sienne, Tché-Za. Bienvenue à Salim Mzeé Hamadi Moissi, venu nous offrir deux créations qui participent à son renom.

Ce n’est pas la première fois que « le » chorégraphe des îles de la lune, vient danser à la Réunion. On se souvient de sa prestation avec Lino Mérion il y a trois ans et de leur collaboration sur le terrain du krump pour la pièce « Somin » présentée, déjà, à Champ Fleuri où il revient cette fois, inédit ici, faire danser sa propre compagnie avec sa dernière création « L’Expat » et pour s’illustrer lui-même en solo avec « Massiwa » une pièce qui lui donne l’occasion de montrer ce qui l’anime depuis une bonne décennie qu’il a opté pour ce métier, Salim. On se réjouit de pouvoir apprécier un travail présenté dans les plus grands festivals de danse et apprécié comme une référence de notre région de l’Océan Indien. Mais à n’en pas douter le plus heureux dans cette histoire de retrouvailles avec la terre réunionnaise, c’est lui : « J’ai ici à la Réunion mon enfant, âgé d’un peu plus d’un an ! Alors, inutile de préciser  la joie qui est la mienne de pouvoir passer du temps avec lui et bien évidemment ma hâte, également, d’avoir enfin la possibilité de danser vendredi sur les mêmes planches du Teat, comme samedi sur celles de Saint-Benoit, le solo que j’ai présenté à l’Opéra de Paris ! » confie en souriant  celui qui a  d’abord été révélé dans le monde du hip-hop sous le nom de Seush et qui porte désormais plus haut les couleurs des Comores avec son vrai patronyme, Salim Mzé Hamidi Moissi. Un choix qui traduit bien l’envie de mettre en lumière la créativité de son pays, ce qui, à propos de la danse, n’avait rien d’une évidence.

Dakar au coeur de son histoire

« Avec cette sorte de foi innée pour l’art de danser, j’ai eu la chance de profiter de mes études d’ingénierie à Dakar pour vérifier que là n’était pas ma vie,  et y trouver, pour me conforter dans les projets de danseur qui me taraudaient le coeur, l’accompagnement idéal pour envisager d’opter pour ce métier plutôt que celui d’ingénieur », constate , reconnaissant, celui qui est devenu là-bas, au Sénégal, le disciple, notamment de Germaine Acogny, fondatrice de l’Ecole des Sables et considérée comme  la mère de la danse africaine contemporaine . « J’ai pu bénéficier d’une solide formation moi qui suis aussi un Africain. Une appartenance qui signifie que, pour nous, vivre de l’art, être artiste, c’est une réalité du quotidien. Je remercie le destin qui m’a envoyé à Dakar et l’opportunité qui m’a été donnée de rencontrer des gens pour me donner confiance et pouvoir ainsi réaliser… mes rêves. La source de mes inspirations, celle qui me permet de créer », souligne le chorégraphe impliqué et investi dans l’évolution de la société avec la danse et sa transmission pour baliser son cheminement et offrir aussi en précurseur un métier comme celui qu’il s’est choisi aux jeunes générations de ses îles.

Il était une fois…

Salim Mze Hamadi dit SeuSh, chorégraphe, danseur et compositeur comorien, fait partie des références dans le monde du hip-hop et du krump, notamment en Afrique où il s ‘est illustré dans des festivals comme l’Africa Krump War, battle de danse hip-hop réunissant neuf nations africaines à l’institut Français de Dakar, et aussi le Krump Back to the Roots. Il s‘est formé d’abord dans la rue, rejoignant en 2003 le crew Xplosif aux Comores. En 2007 il arrive au Sénégal pour ses études et y organise plusieurs festivals de krump, devenant pro avec son projet « Métamorphose », présenté à l’institut Français de Dakar. Après un parcours d’interprète avec le chorégraphe gabonais Arnaud Ndoumba (2010) et le chorégraphe français Anthony Egéa pour la pièce « Rage » (2012), il décide de retourner vivre aux Comores.

Tche Za

Salim se décide alors à y créer la Compagnie Tché-za et à répondre à une commande de l’Alliance Française de Moroni en 2014 avec Wutama Hip Hop, vecteur de l’éclosion des danses urbaines en Afrique. En 2018, il présentera « KreuZ », une pièce avec des danseurs comoriens témoignant de la réalité de la modernité chorégraphique dans l’Océan Indien. Une région du monde, la sienne où il a également fondé le festival bi-annuel Ntso Uziné à Moroni avec l’objectif de développer et de professionnaliser la danse. Suivront les pièces « Mon mur » et « Soyons fous » présentée pour la première fois en France en 2019 lors du Festival Suresnes et reprise à l’Institut du Monde Arabe la même année. Un an plus tard en ouverture de la 28ème édition du Festival, il présente le spectacle Massiwa puis le solo L’Expat à apprécier l’un et l’autre à La Réunion cet cette fin de semaine.

 Massiwa

Un mot qui signifie « les îles » en comorien. Une pièce de Salim pour sept interprètes qui dit tous des rythmes de son archipel originel et en parcourt les singularités gestuelles et culturelles qui font la danse de son pays, les Comores : le Wadaha, danse traditionnelle des femmes, du Wadaha, au shigoma en passant par le biyaya… donnant à l’afro-danse qui devient chaque jour plus urbaine avec l’énergie du hip-hop, sa rigueur et sa puissance.

 L’Expat

Un solo pour dire l’histoire d’un homme face au défi de l’expatriation, de ses rencontres, de sa confrontation avec sa culture d’origine. Entre humour, danse et théâtre, Salim Mzé Hamadi Moissi conte ses racines de Grande-Comore, ses études au Sénégal, sa découverte du Krump grâce au documentaire « Rize » de David LaChapelle et sa rencontre avec la danse hip hop qui lui permet de parcourir le monde. A son retour aux Comores, il décide de mener une réflexion sur lui-même et son rapport à la culture. Le sujet central de L’Expat.

La Rédaction

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