La caravane de Rajery, artiste engagé aux talents multiples

La caravane de Rajery, artiste engagé aux talents multiples

Germain Randrianarisoa, 57 ans, dit Rajery, lauréat en 2002 du prix RFI Musiques du Monde, présentera début 2022 un nouveau projet, un film documentaire – reflets de ses convictions artistiques et politiques.

Caravane Rajery 2021, c’est ainsi que s’intitule le nouveau projet du “prince de la valiha”, comme il est surnommé ici sur la Grande Île. Cette équipée d’une quinzaine de personnes (musiciens, ingénieurs, vidéaste…)  a sillonné en minibus quelques régions de Madagascar pendant un mois et demi, de juin à juillet.

Le but ? Sensibiliser les enfants à l’importance du changement climatique d’abord, archiver et collecter les musiques traditionnelles “pour donner des repères culturels à la jeune génération” ensuite, explique Rajery en souriant. Une vaste entreprise qui l’a emmené de la côte est à l’extrême sud de l’île, en passant par les montagnes des Hauts-Plateaux, et qui va donner lieu à un film documentaire. La sortie est prévue pour le début de l’année 2022. “Le réalisateur, Anatole Razafy, est déjà en train de s’occuper du montage”, précise Rajery.

La phase de sensibilisation, qui s’appelle “Arbre de vie”, s’articule sur la pédagogie autour du changement climatique auprès des enfants. Une sensibilisation qui passe par un dialogue entre les artistes locaux et les élèves, et bien sûr par la musique.

Problématique environnementale

L’urgence environnementale a toujours fait partie des préoccupations du musicien. Son premier album s’intitule d’ailleurs Feu de brousse –  les feux de brousse résultent de la culture sur brûlis pour régénérer les terres agricoles et sont très populaires à Madagascar. “Une hérésie”, selon l’artiste, puisque ces feux de brousse entraînent la perte de milliers d’hectares de forêt chaque année.

“Je suis sensible au changement climatique depuis tout gamin, renchérit-il. Je me suis réinstallé récemment à Ambohimanga (une colline sacrée non loin de la capitale Antananarivo), là où je suis né, explique Rajery en souriant. J’ai une plantation modeste, et là-bas, le niveau de la nappe phréatique ne cesse de baisser. C’est alarmant.”

Rajery cumule quarante-et-un an de pratique de la valiha, une harpe tubulaire en bambou typique des Hauts-Plateaux. Cet instrument symbolise pour lui l’importance de l’environnement, par sa matière première, mais aussi sa façon de transmettre, hors langage. “Les enfants sont formidables. C’est vraiment l’avenir de nos générations. J’ai beaucoup travaillé avec les enfants, depuis les années 90. Les enfants des rues, j’ai accompagné la chorale Zazakanto… Comment développer son pays si on ne connaît pas ses enfants ? souffle-t-il.

Pour Rajery, cela passe par leur apprendre des gestes simples et concrets, qu’ils peuvent ancrer dans leur quotidien. Comme ne pas jeter ses détritus de friandises dans la nature. Ou planter des arbres.

Patrimoine musical

Dans le cadre de l’archivage et de la collecte de la musique, Rajery est allé recueillir les plus belles chansons des artistes qui font la renommée de Madagascar. À Tamatave, il a rencontré Berthon Valiha, célèbre joueur de l’instrument, Zily (une mère de famille qui joue de l’accordéon), Tsoupla, un joueur de kabosy….

Pour Rajery, il est urgent de préserver le patrimoine musical de Madagascar et donner “des repères à la jeune génération”. “Je vois beaucoup d’artistes malagasy contemporains s’inspirer outre-Atlantique, ou sur le continent africain, mais il faut qu’ils regardent aussi la richesse de notre patrimoine culturel. D’une région à une autre, la rythmique, la sonorité changent tellement !”

Une fois arrivés sur place, les tournages ont pris entre trois et quatre jours. L’archivage et la masterisation de la musique est déjà terminé. Samedi 11 septembre, à l’occasion de son opéra Hazo Aina, un opéra pour dénoncer les dégâts environnementaux à Madagascar, Rajery a présenté en avant-première un extrait de sa Caravane 2021.

La Rédaction

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