Et Salima Mukansanga fut Première dame de la CAN…

Et Salima Mukansanga fut Première dame de la CAN…

À 33 ans, Salima Mukansanga est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à arbitrer un match de Coupe d’Afrique des nations. Un moment fort pour cette Rwandaise pleine d’ambitions

Les larmes ne sont pas loin. Une pause, un regard vers le sol pour mieux respirer, un sourire et Salima Mukansanga reprend le fil de son histoire. « Ç’a été une expérience inoubliable, explique-t-elle à France Football, installée devant la caméra de son portable depuis son domicile de Kigali, au Rwanda. J’ai reçu des dizaines de messages de félicitations. Je n’oublierai jamais ce match. » Zimbabwe-Guinée (2-1), pour le compte du premier tour de la Coupe d’Afrique des nations 2022, le 18 janvier, à Yaoundé. Une rencontre entrée à jamais dans l’histoire du sport et du continent, pour avoir accueilli, pour la toute première fois, une femme comme arbitre principale. C’était elle.

« Après le match, je me suis mise à pleurer dans le vestiaire. Mais c’était des larmes de joie. Je me disais que tous mes efforts avaient servi à quelque chose. » Mais les larmes disent bien plus encore et dépassent le simple moment d’histoire. « Quand on s’est réunis avec les officiels après la rencontre, ils m’ont dit qu’ils avaient été très contents de mon travail. Mais, au-delà de ça, je me disais surtout que je venais d’ouvrir une vraie porte. Je venais de montrer qu’une femme pouvait arbitrer un match masculin de haut niveau en Afrique. C’était quelque chose de très fort. »

« C’était un honneur, un privilège rare qu’on m’offrait »

La Rwandaise raconte encore sa fierté de pouvoir faire bouger les mentalités et servir d’exemple à des milliers de jeunes femmes du continent. « On entend souvent que les femmes ne peuvent pas courir comme les hommes, qu’elles peuvent être gênées par leurs règles, la grossesse, qu’elles ont moins de force que les hommes, toutes ces choses-là. Mais on est toutes capables de donner notre maximum pour atteindre le même niveau. Sans aucun problème. Et avoir eu l’opportunité de le montrer pendant cette Coupe d’Afrique des nations a été un moment très fort. »

Presque aussi puissant que la désignation apprise par hasard, un mois et demi plus tôt. « Quand j’ai vu la liste des arbitres désignés pour la CAN et que j’y ai lu mon nom, j’ai cru que c’était une erreur. J’ai tout de suite appelé ma Fédération pour vérifier l’information et, là, ils m’ont dit que c’était bien moi qui avais été désignée. Je ne m’y attendais pas du tout. Sur le coup, j’étais un peu effrayée, mais prête à relever le défi et surtout très heureuse. C’était un honneur, un privilège rare qu’on m’offrait. »

Petite, Salima Mukansanga se rêvait pourtant basketteuse. Mais le peu d’équipes présentes dans sa province de l’ouest du pays rend l’accession à son rêve quasi impossible. Le ballon rond entre dans sa vie par l’intermédiaire de son papa, à l’adolescence. La jeune fille accroche vite, mais son regard se pose souvent ailleurs pendant les rencontres. « je m’intéressais aux arbitres. Ils étaient différents, ils m’intriguaient. Ils pouvaient prendre des décisions et tout changer. J’ai eu envie de me lancer là-dedans. »

La Rwandaise entame une formation en parallèle de ses études de sage-femme. « Je travaillais dur pour réussir, mais j’aimais ce que j’avais choisi. » Le début d’une belle histoire et d’une ascension express. À 20 ans, en 2008, elle obtient son certificat d’arbitrage, prend en charge des rencontres de Deuxième Division rwandaise, féminine comme masculine. En 2014, elle officie pour Zambie-Tanzanie, en Championnat d’Afrique féminin. En 2018, elle est la seule à représenter l’Afrique pour le Mondial féminin des moins de 17 ans, en Uruguay. Un an plus tard, elle est l’une des trois Africaines retenues pour la Coupe du monde en France, où elle dirige Suède-Thaïlande (5-1). « Ce Mondial reste un souvenir incroyable. J’ai pu rencontrer Stéphanie Frappart qui est l’un de mes modèles. »

« Mon pays donne sa chance à tout le monde, certaines nations africaines n’offrent pas le même accès aux femmes »

L’autre idole s’appelle Célestin Ntagungira, premier Rwandais à participer à une Coupe du monde en 2006, en Allemagne, en qualité d’arbitre. « Mon pays donne sa chance à tout le monde. Certaines nations africaines n’offrent pas le même accès aux femmes. Pas le Rwanda. Je suis très fière de pouvoir le représenter dans le monde entier. » La prochaine fois pendant une Coupe du monde masculine ? « Et pourquoi pas ? Je ne m’interdis pas de rêver. » En attendant, la Rwandaise, devenue professionnelle de l’arbitrage, veut continuer de raconter son histoire. « Je voudrais ouvrir d’autres portes et montrer aux femmes d’Afrique qu’elles peuvent le faire, qu’on ne nous a pas offert cette opportunité à la CAN pour nous faire plaisir, mais parce qu’on s’en est donné les moyens (NDLR : les autres arbitres féminines de cette CAN étaient la Camerounaise Carine Atemzabong et les Marocaines Fatiha Jermoumi et Bouchra Karbouba). On doit voir plus de femmes arbitres. Je le souhaite vraiment. » L’émotion est passée. Le discours est posé, déterminé, la prochaine mission déjà bien lancée.

La Rédaction

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