Dope Saint Jude lâche le Christ pour le rap

Dope Saint Jude lâche le Christ pour le rap

Avec la sortie de « Higher Self », la rappeuse sud-africaine, née d’un pasteur, continue de se jouer des étiquettes. Son exil à Londres lui a aussi permis de prendre de la hauteur face aux divisions raciales qui marquent son pays.

Catherine Saint Jude Pretorius de son nom de baptême, est née au Cap dans une communauté « coloured » (populations d’ethnies mélangées, ni blanches, ni noires). Cette fille de pasteur biberonnée aux chants religieux s’affranchit bientôt de l’église pour se lancer sur la scène indépendante hip-hop en se grimant en homme !

Depuis, Dope (pour « cool ») Saint Jude n’a cessé d’emprunter à l’imagerie viriliste des rappeurs américains, tapant la pause accroupie et jambes écartées, dans un treillis militaire, gros godillots aux pieds. Artiste queer revendiquée, elle puise autant ses références dans le mouvement punk et féministe américain, et majoritairement blanc, que dans l’univers sonore de Kanye West et de la chanteuse britannique d’origine sri-lankaise

Après « Resilient » (2018), un EP bricolé à la maison mais salué par la critique spécialisée, la rappeuse dévoile un nouveau projet six titres, « Higher Self » (sorti le 22 avril sur Yotanka), où elle se joue une nouvelle fois des étiquettes. Sur le visuel de ce petit format annonçant la publication d’un album, elle apparaît enserrée dans un corset métallique, façon Jean-Paul Gaultier.

Installée à Londres depuis deux ans, l’ancienne étudiante en sciences politiques est bien consciente des divisions raciales qui minent son pays et souhaite renouer avec son africanité.

« Je reviens tout juste d’Afrique du Sud où j’ai pu revoir mon père. Je n’y étais pas retournée depuis le début du Covid. Tout m’a semblé nouveau. Le fait de vivre loin me permet d’avoir de la distance pour la première fois, notamment sur les divisions économiques qui gangrènent le pays ». Explique l’artiste.

« J’ai une fan base en Afrique du Sud. Mais elle reste assez confidentielle. Mon style de musique n’est pas populaire là-bas. Le pays vibre au rythme de l’amapiano et de la gqom music [mouvements house et électro nés respectivement dans les townships de Johannesburg et de Durban] ». Ajoute-t-elle.

Dope Saint Jude se produira le 8 juin 2022 à La Bellevilloise de Paris.

La Rédaction

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