DonSharp de Batoro, l’élève que Bomou Mamadou n’a pas formé…

DonSharp de Batoro, l’élève que Bomou Mamadou n’a pas formé…

Seydou Batoro, plus connu sous le pseudo de Donsharp de Batoro est le lauréat du Kundé d’or 2021. Considéré au Burkina Faso comme un véritable défenseur de la tradition, ses thématiques sont engagées et l’artiste est un amoureux des vers et des rimes. Il comptabilise plus de 10 ans de carrière, avec des titres comme Soundjata et la dette (en featuring avec Smarty). Présent à Abidjan dans le cadre du salon de la musique d’Abidjan (SAMA), nous avons rencontré le vainqueur de la 20e édition des Kundé à Abidjan. Il s’est confié à nous à cœur ouvert.

Nous avons connu DonSharp il y’a 4 ans alors que démarrait sa carrière et aujourd’hui vous êtes Kundé d’or.  Comment c’est venu la musique et pourquoi avoir choisi ce rythme ?

Il faut dire que c’est venu comme ça. Déjà en classe de 3eme à Abidjan, le rap était pour nous un phénomène de mode, on voulait faire genre pour ressembler aux chanteurs de l’époque et taper dans l’œil de nos amis et pour des filles. On imitait des artistes comme Almighty, Stezo, etc. Après l’obtention du bac, je rentre au pays (Burkina Faso : Ndlr), je m’inscris en math physiques chimie avant de m’orienter en économie et je continuais toujours le rap. Puis j’ai été agent commercial à la suite, j’ai arrêté la musique pour aller exercer et quand la boite a fermé 2 ans après. Je suis retourné au campus pour poursuivre la 3ème année. Mais l’année avait déjà débuté et on m’a dit d’attendre l’année suivante. Alors je m’amusais à chanter et en 2008 je suis rentré en studio.  Et quand l’album sort c’est boom. L’année qui a suivi, en 2009, je suis dans le tiercé d’or

Parlez-nous de votre discographie…

Le premier album c’était « la parenté à plaisanterie », sorti en 2008 et primé en 2009 au tiercé or de la musique burkinabé.  En 2011, je sors le 2ème album intitulé « la fleur totale » et je suis primé meilleur clip de l’année. En 2014 le 3ème album sort, avec pour titre « Arica Teri » où je suis en featuring avec Soum Bill. L’œuvre est encore primée featuring de l’intégration africaine et puis en 2020, je mets sur le marché le 5ème album, « Soudjata » qui est non seulement le meilleur clip de l’année et Kundé d’or de l’année 2020-2021 les deux années cumulées parce les Kundé n’ont pas eu lieu en 2020.

Je retiens qu’à chaque sortie d’albums une distinction. C’est quoi votre secret ?

Oui on peut dire comme ça (il rit).  C’est la providence. Mais en 2018 j’ai sorti « Je viens de là », le 4ème album qui n’a pas été primé.

D’accord, les profanes assimilent un peu le parolier au slam, quel est la différence ?

Il faut dire que le slam c’est juste une appellation occidentale pour parler de musique urbaine, poésie urbaine et poésie qui parle des réalités de la vie des occidentaux, de leurs vécus quotidiens. Moi, je suis parolier et mon maitre c’est Bomou Mamadou. Je dirai plutôt que je suis l’élève qu’il n’a pas formé, qu’il n’a pas vu en classe, quelqu’un qui a aimé ce qu’il faisait à distance donc nous sommes de la lignée des griots du mandingue où on racontait les épopées. La différence entre cette forme et le slam est que la parole à l’Africaine est ancienne, elle est millénaire d’existence et puis elle est africaine avec nos intonations avec nos onomatopées, avec nos proverbes. Au slam, les référentiels sont Grand Corps Malade, c’est Abdel Malik c’est urbain c’est occidental.

Vos textes sont très pointilleux et très engagés. Vous avez comme référent musical Bomou Mamadou et vous faites des featuring avec des artistes comme Smarty et Soum Bill qui sont tous aussi engagés. Pourquoi avoir fait le choix de cet engagement-là?

J’ai fait ce constat qui est que l’Africain danse plus qu’il n’écoute et c’est à force de trop danser que nous partons à reculons. L’éducateur, le professeur que je suis, je me sers de la musique pour revendiquer une identité culturelle africaine. Une chose qui a disparu. On copie tout, on regarde tout ce qui se passe en Europe par la fenêtre pendant que nous avons nos réalités, nos problèmes, nos coutumes.  Donc j’utilise notre accent avec nos proverbes, notre façon de voir, de faire les choses. Comme Bomou Mamadou le dit aussi, l’Afrique ne peut réinventer l’Afrique. Personne ne viendra réinventer l’Afrique à nos places et comme Joseph Ki-Zerbo l’a dit, « nul ne peut être sans son être », donc c’est une façon d’attirer l’attention sur le patrimoine historique, culturel, financier et économique de notre continent. Je veux aussi à travers cela, dire à l’Africain que ce que nous partons chercher là-bas nous l’avons ici. Il est donc grand temps que nous nous asseyions, que nous nous accaparions du savoir et du savoir-faire pour pouvoir exploiter l’Afrique. Car ceux qui veulent exploiter nos richesses en nous promettant le paradis, viennent en réalité pour leurs intérêts.

Vous avez cité plusieurs fois Bomou Mamadou comme votre maître et votre référent en matière de musique. Quels sont vos rapports ?

Lorsque je suis arrivé à Abidjan, je suis passé chez lui. Il préparait le spectacle « 3 fois merci ». Nous avons partagé un repas et discuté. (Il est intervenu lors du spectacle de Bomou Mamadou sur une chanson qui traite de la question de la femme. NDRL)

Quels sont les conseils que vous pourriez donner aux jeunes frères qui peuvent vous approcher, qui ont envie de faire comme vous ?

Je pense qu’il faut se former comme cela a été dit ici au Salon de la Musique d’Abidjan (SAMA). Il faut accepter se former, s’informer aller à la bonne école.  Un artiste, qui méconnait les avantages et les rouages de la culture est un artiste perdu d’avance. Il faut toujours apprendre et lire aussi l’histoire des devanciers. Je pense que c’est l’ensemble de tout cela qui peut nous aider à faire une carrière prometteuse, surtout dans la durée.

La Rédaction

Laisser un commentaire