Désiré Mounou, l’Ivoirien qui recycle les portables en peinture

Désiré Mounou, l’Ivoirien qui recycle les portables en peinture

Mounou Désiré Koffi, artiste ivoirien de 26 ans, réalise des tableaux à partir de restes de téléphones mobiles. Une vingtaine de ses œuvres regroupées sous le titre Abidjan 2.0 sont exposées en ce moment à Paris.

Composer des tableaux avec de vieux claviers de téléphones portables abandonnés, ceux où il faut appuyer plusieurs fois sur une touche pour écrire une lettre, Mounou Désiré Koffi y pensait depuis longtemps. Le jeune homme, originaire de Buyo, dans l’Ouest ivoirien, est sorti major de sa promotion au Lycée d’enseignement artistique d’Abidjan avant de décrocher une licence aux Beaux-Arts de la capitale économique ivoirienne. Et il a très vite trouvé son style.

« Dès l’enfance, j’étais entouré par ces déchets, se souvient l’artiste, joint à Abidjan. Je vivais dans un quartier très pollué. À l’époque, nous n’avions pas les moyens d’avoir des portables, c’était un objet précieux. Alors, j’ai décidé d’utiliser ces téléphones pour en faire des œuvres d’art ».

« Mariage entre impressionnisme et figuratif »

Lors d’une précédente exposition, Mounou Désiré Koffi présentait des toiles où apparaissaient notamment des personnages d’enfants soldats, témoignage de la violence à laquelle il a confronté. Aujourd’hui, son style a évolué. Pour Olivier Sultan, le directeur de la galerie Art-Z qui l’accompagne depuis ses débuts, le peintre « réalise un heureux mariage entre l’impressionnisme et l’art figuratif ».

Et il est vrai que Mounou Désiré Koffi surprend par la finesse de ses compositions, où se juxtaposent les différents claviers de téléphone peints. L’artiste fait pétiller les regards, il fait ressortir les détails d’un visage comme la sueur sur un front et il saisit les contrastes des couleurs des voitures dans un embouteillage. Abidjan 2.0, la nouvelle exposition, se concentre en effet sur les portraits et les scènes de rue à Abidjan.

« Crier au secours »

« Dans les portraits d’enfants, j’essaie de capter l’expression des visages, pour écrire leur propre histoire, détaille Mounou Désiré Koffi. Quant aux embouteillages, on y est confronté tous les jours ! Les voitures dégagent énormément de fumées. À travers mes toiles, je voudrais que les gens prennent conscience de cette pollution ». Le peintre ivoirien définit ainsi une de ses missions : « Crier au secours pour alerter les autorités » sur les difficultés du peuple et la catastrophe écologique en cours.

Une catastrophe bien visible sur les décharges d’ordures. C’est là – en Côte d’Ivoire, mais aussi au Bénin ou au Congo – que Mounou Désiré Koffi envoie ses équipes, en quête des plus beaux téléphones qui figureront dans ses œuvres. Récemment, les écrans tactiles des smartphones ont fait leur apparition dans les toiles de l’artiste. Il s’en sert en virtuose pour « dessiner » les ombres des personnages de ses tableaux.

Compte tenu de l’obsolescence des appareils et de l’avidité des consommateurs en quête de nouveautés, Mounou Désiré Koffi ne devrait pas manquer de matière première.

L’exposition Abidjan 2.0 est à découvrir à la galerie Art-Z, Paris 11e arr., jusqu’au 20 octobre 2021

La Rédaction

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