“Couleur”, le message féministe de Dobet Gnahoré

“Couleur”, le message féministe de Dobet Gnahoré

Avec ce sixième disque, composé et enregistré à Abidjan, la chanteuse ivoirienne Dobet Gnahoré offre des chansons aux atours électro, dans lesquelles elle célèbre la gloire des femmes.

Dobet Gnahoré ponctue à intervalle régulier ses phrases par cette information, comme une justification : “vous savez, je suis gémeaux.” Dur comme fer, la chanteuse ivoirienne de 38 ans, croit en l’astrologie qui guide sa vie. Selon des sites spécialisés dans la lecture du ciel, les Gémeaux symbolisent la communication, le mouvement, les échanges, la curiosité, l’intelligence. Ces mots pourraient bien lui convenir.

“Je ne vis qu’à travers mes intuitions, complète-t-elle de sa belle voix tout en rondeurs. Si, un matin, je me lève du mauvais pied, si j’ai des sueurs froides, si trop de pensées m’assaillent, je prie, pour demander aux énergies négatives de lever les voiles. Je suis attentive aux signes, aux serrements de mon cœur, de mon ventre. L’univers, l’énergie, le vent, l’eau, les éléments me parlent et m’animent. Et c’est aussi pour cela que je compose : pour organiser le chaos des émotions qui s’emparent de moi.”

Alimenter son “ivoirité”

Depuis deux ans, cette hyperactive, ultra bosseuse, mère de deux filles, l’une de 21 ans et l’autre de 10, en mouvement perpétuel partage son temps entre Givet, bourgade de 6000 âmes des Ardennes, et Abidjan, au gré de quatre ou cinq aller-retours par an.

La dernière fois, surprise par le confinement, elle est restée six mois dans la capitale ivoirienne. Le temps de donner naissance à son nouveau disque, Couleur.

Ces retours permanents sur la terre de ses ancêtres, elle qui a vécu entre Grenoble, Strasbourg et Bruxelles, Dobet les explique par le manque de sa terre natale, mais aussi par ce besoin de se reconnecter à ses racines.

Ainsi éclaire-t-elle : “En tant que chanteuse, en France et à l’international, je vends mon ‘ivoirité’, ‘ma’ culture. Or, pour être en mesure de la renouveler, je dois retourner à la source, continuer à être inspirée, à l’alimenter. Sinon, elle va se tarir en moi, et il ne restera plus que des souvenirs. Or, servir des souvenirs à son public, ce n’est jamais bon.”

La nouvelle génération ivoirienne

À Abidjan, sa source, terre de créations artistiques tous azimuts, observée par la planète entière, Dobet Gnahoré s’abreuve à une cure de jouvence, laisse traîner ses oreilles sur tous les sons du moment, se fait éponge pour capter les mille vibrations de la capitale ivoirienne – son côté gémeau !

Et puis, pour les jeunes artistes, elle tient son rôle de “grande sœur”, couronnée d’un Grammy Award en 2012… Elle est marraine de l’orphelinat de Grand Bassam, elle a créé son studio de musique, un studio vidéo, et un label pour de jeunes chanteuses issues du télé-crochet The Voice Afrique.

En retour, elle se laisse traverser par les créations des jeunes musiciens. Ainsi, son nouveau disque, Couleur, se pare-t-il de teintes électros. Pour lui donner sa flamboyance urbaine, afro-pop, elle en a confié la réalisation à TamSir. “C’est un jeune arrangeur de 21 ans qui met le feu en Côte d’Ivoire, notamment avec son groupe Kiff No Beat, raconte-t-elle. Il fait partie de ma famille élargie, puisqu’il est le petit-fils de la fondatrice du village artistique panafricain Ki Yi M’Bock, où j’ai passé mon enfance. J’avais besoin de donner de la clarté, de la jeunesse à ma musique. Je compte exercer ce métier jusqu’à ma mort. Il fallait que je redynamise mon propos.”

Donner confiance aux femmes

Pour ce disque, encore plus qu’à l’accoutumée, Dobet Gnahoré suivait une règle et une intuition précise, un fil rouge : son envie de danser, de la première à la dernière piste. Et surtout, à chaque pas, à chaque mouvement, à chaque titre, elle s’adresse aux femmes.

Elle célèbre leur beauté, leur fierté, leur envoie des messages ultra-positifs… Elle se confie : “Je suis, dans ma vie, passée par un moment très sombre. Et puis j’ai eu ce déclic : je pensais que quelqu’un d’extérieur allait me secourir. En fait, j’étais la seule à pouvoir m’aider, avec cette croyance : je peux, je vais, je dois m’en sortir. Ainsi, je m’adresse aux femmes, à mes sœurs qui, dans des sociétés patriarcales, se trouvent davantage soumises aux doutes, aux hésitations. Je les incite à prendre leur destin à bras le corps, à choisir leur vie, leur carrière…”

La Rédaction

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