Cherif Fall, surfeur sénégalais aux ISA World Surfing Games

Cherif Fall, surfeur sénégalais aux ISA World Surfing Games

Cherif Fall, le nonuple champion du Sénégal de surf, est en mission pour devenir le premier surfeur d’Afrique sub-saharienne à se qualifier aux Jeux Olympiques. Il représentera son pays aux ISA World Surfing Games où des quotas pour Paris 2024 seront mis en jeu du 16 au 24 septembre 2022.

L’imposant Cherif Fall ressemble à un géant dans l’océan.

Haut de presque 2 m, il est la référence du surf au Sénégal. Il enchaîne les vagues avec un grand objectif : devenir le premier surfeur d’Afrique sub-saharienne à se qualifier pour les Jeux Olympiques à Paris 2024.

Ce rêve a été alimenté par les planches de surf cassées laissées par les touristes sur les côtes proches de Dakar où les vagues sont réputées.

Contre la volonté de ses parents, il s’est mis au surf à l’âge de 11 ans, puis il est devenu un nonuple champion du Sénégal. Il est toujours prêt à prendre des grandes vagues comme son ami et héros Italo Ferreira, le champion olympique en titre.

Cherif Fall est un de ces surfeurs talentueux d’Afrique de l’Ouest qui émergent pour inspirer la nouvelle génération à se mettre au surf et augmenter la popularité de cette discipline.

« J’ai appris à surfer en utilisant des planches cassées que les surfeurs, souvent des touristes qui étaient venus surfer, laissaient sur la plage. C’est comme ça que j’ai appris à surfer », a-t-il dit dans une interview à Olympics.com depuis la Californie où il s’entraîne.

La croissance d’un surfeur professionnel sénégalais

Cherif Fall a grandi à proximité d’un des très nombreux villages de pêcheurs qui bordent les côtes sénégalaises. Il a donc logiquement passé l’essentiel de ses journées à proximité de l’Océan atlantique.

À chaque fois qu’il allait nager avec ses amis, le Sénégalais remarquait les nombreuses planches de surf cassées laissées derrière eux par les touristes. Il a décidé de jouer avec en plongeant ses mains dans l’eau et en chassant les vagues. Et il a apprécié !

« Ma famille vivait proche de la plage à Dakar et après l’école, j’y allais toujours pour nager. Et parfois, ma mère m’emmenait avec quand elle allait nettoyer les poissons. »

La décision de se lancer dans ce sport relativement inconnu à Dakar était assez étrange. Le football, la lutte et le basketball ont les faveurs de la jeunesse sénégalaise. Ses parents étaient réticents à le laisser faire du surf.

« J’ai commencé à surfer sur les planches cassées avec mon frère, mais il a arrêté. De mon côté, j’ai continué même si c’était dur de se concentrer à l’école une fois que j’avais commencé le surf. Ça a affecté mes études, car je n’avais pas de bons résultats à l’école. Je me souviens avoir dit que je voulais devenir un surfeur professionnel et être un des meilleurs de Dakar… Ça avait mis mon père en colère », s’est-il souvenu.

« Mais j’ai continué car mon objectif était d’apprendre à surfer. Mon père m’a même acheté ma première planche… J’étais tellement excité quand il a fait ça. Puis j’ai gagné ma première compétition en 2013. Depuis, je suis le champion du Sénégal. »

Cherif Fall a pu progresser grâce aux nombreuses vagues qu’il a été en mesure de surfer dans ces conditions. Cela lui permet aujourd’hui de mener une nouvelle génération de surfeurs sénégalais, comme Ismaila Samb, qui profite de l’écume au moment où la très vivante capitale sénégalaise se prépare à accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2026.

Les spots de surf sont aussi nombreux que variés sur les 724 km de côtes sénégalaises. Yoff, Les Almadies, l’île de N’gor à Dakar sont des lieux réputés pour les surfeurs qui permettent à Cherif Fall de s’entraîner dans les eaux de l’Atlantique Nord.

Cherif Fall se bat en permanence pour prendre les puissantes vagues de l’océan

Le surfeur de 25 ans a continué de progresser jusqu’à participer à des compétitions dans le monde entier pour prouver que ses détracteurs avaient tort. Il n’est plus en difficulté en termes d’équipements et a même plusieurs sponsors dont Billabong, une marque qui supporte certains des meilleurs surfeurs de la planète.

Il a fait ses débuts internationaux lors de l’Airwalk Pro Junior en France en 2015. Depuis, il a représenté son pays dans plusieurs compétitions en Europe et aux États-Unis. Cherif Fall a surtout permis au drapeau sénégalais de flotter lors des ISA World Surfing Games.

Mais ce n’est pas toujours facile de tracer sa voie en tant que surfeur originaire d’Afrique sub-saharienne.

« Quand on est surfeur au Sénégal, on ne peut pas toujours compter sur le soutien du gouvernement. Ils nous aident surtout quand on représente le pays sur des événements majeurs comme les Championnats du monde ou les World Surfing Games. Mais ils ne sont pas là pour nous dans les autres compétitions, celles dont on a besoin pour avancer. Je pense que c’est pour cette raison que c’est si dur de trouver des surfeurs africains dans les nombreuses compétitions internationales. On a besoin du soutien du gouvernement mais aussi des visas pour aller à la plupart des épreuves en Europe et aux États-Unis et des fois, ils nous informent qu’à la dernière minute que nous n’avons pas de visas garantis. »

Cherif Fall a besoin de se battre sans relâche pour avoir des moyens et des opportunités. De quoi facilement décourager les jeunes surfeurs les plus prometteurs d’Afrique.

« Maintenant, les gens connaissent Surf Sénégal grâce à moi et à quelques autres car on fait des compétitions en Europe, au Japon, en France… mais nous ne sommes pas nombreux. En gros, il y a deux surfeurs de couleur : le Sud-Africain Michael February et moi. »

Malgré les difficultés, Dakar reste l’épicentre de la culture surf au Sénégal.

La discipline progresse dans certaines catégories d’âge et chaque succès des surfeurs expérimentés comme Cherif Fall est un coup d’accélérateur.

« La plupart des Sénégalais me connaissent », admet celui qui n’est pas uniquement motivé par la possibilité de devenir le meilleur surfeur de son pays. Son but ultime est que les jeunes tombent amoureux de son sport.

« Maintenant, il y a tellement d’enfants qui viennent surfer parce qu’ils m’ont vu surfer. En tant que pays musulman, on ne boit pas d’alcool alors le surf est un bon moyen d’occuper son temps. Les enfants me regardent, ils suivent mon épanouissement à travers le surf. Ils me voient voyager, concourir contre les meilleurs surfeurs du monde. »

« C’est le rêve pour tous ces jeunes qui me suivent. Et c’est pour cette raison que je suis toujours positif et que je veux avancer et continuer d’apprendre. Quand je vois des enfants surfer, c’est assez pour entretenir ma motivation, car ils apprécient ce que je fais. »

Le champion olympique Italo Ferreira en visite à Dakar pour inspirer la nouvelle génération

Le surf sénégalais a pris une nouvelle dimension quand Italo Ferreira, le premier champion olympique de surf, a visité Dakar pendant la saison 2021 et a dompté les vagues de la Teranga.

« C’était incroyable quand Italo est venu au Sénégal avec l’aide de Billabong. C’était bien pour moi, mon pays et tous les enfants qui apprennent à surfer ici. Maintenant au Sénégal, quand les enfants veulent suivre un top surfeur, ils regardent Italo. »

La visite du champion du monde brésilien a aussi nourri les ambitions de Cherif Fall. Il va lancer sa quête aux World Surfing Games organisés en Californie en septembre 2022, la première épreuve de qualification olympique pour les Jeux de Paris 2024.

« Mon rêve est de me qualifier pour les Jeux Olympiques et pour le World Tour avant la fin de ma carrière. Ce sont les deux choses que je veux le plus et je travaille dur pour y arriver », a expliqué le surfeur qui espère relever le défi olympique à Paris 2024 sur la mythique vague de Teahupo’o.

« Les Jeux Olympiques sont un objectif depuis longtemps. La dernière fois, j’étais au Salvador pour essayer de me qualifier mais ça n’a pas été suffisant. J’étais tellement triste. Je suis le champion du Sénégal mais je ne peux pas me qualifier. J’ai pleuré. Maintenant, j’essaie d’en faire encore plus et de travailler plus dur. »

« On a tellement de bons surfeurs au Sénégal, c’est possible pour nous de nous qualifier aux Jeux Olympiques. La seule chose dont on a besoin, c’est surfer plus souvent en-dehors du Sénégal, là où il y a les meilleurs. On doit concourir avec eux et apprendre d’eux. On a besoin de surfer d’autres vagues en-dehors du Sénégal, on doit découvrir d’autres vagues plus difficiles et voir comment les autres font. »

L’imposant athlète montre la voie à ses compatriotes et a un impact positif sur la jeunesse. À juste titre, car il déborde de talent pour soutenir sa passion. Il est un surfeur prometteur avec un reverse big air exceptionnel.

« Je suis différent des autres surfeurs dans le monde. À chaque fois, je fais un big air reverse. Je suis grand et la plupart des autres surfeurs ne font pas une telle taille. C’est différent quand le surfeur est grand et surfe bien. C’est comme si l’athlète était aussi grand que les vagues. »

Mais il ne fait pas que chasser l’écume. Il profite aussi de la puissance de l’océan.

« J’aime tellement surfer. Surfer me motive même dans la vie quotidienne, rien n’est facile dans la vie. Quand vous atteignez vos objectifs en surf, cela rend tout plus simple. »

« Quand je surfe, je suis tellement heureux. Être sur une bonne planche et prendre des bonnes vagues me donnent le sourire pour la journée. »

 

La Rédaction

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