Blood Sisters, la série qui dénonce les violences domestiques

Blood Sisters, la série qui dénonce les violences domestiques

Une fiction sur les violences faites aux femmes qui font un carton. Et allie divertissement et sensibiliation sur une question qui a récemment fait les gros titres au Nigeria. L’acteur Deyemi Okanlawon, qui joue le rôle d’un homme violent dans la série, répond à quelques questions.

Comment fabriquer un haletant thriller en dénonçant les violences physiques faites aux femmes ? C’est le pari réussi de Blood Sisters au casting impressionnant et réalisée par Biyi Bandele et Kenneth Gyang. La première mini-série nigériane produite par Netflix raconte les tribulations de Sarah (Ini Dima-Okojie), jeune femme censée épouser un riche héritier, Kola (Deyemi Okanlawon). Mais au dernier moment, elle décide de dire non à son violent fiancé. Une rébellion qui va lui coûter cher et dans laquelle sa meilleure amie Kemi (Nancy Isime) devient une indispensable alliée.

Vous êtes l’anti-héros absolu dans Blood Sisters. Comment se décide-t-on à camper un homme violent ?

Deyemi Okanlawon : j’ai toujours milité contre les violences domestiques, le viol et toutes les formes de violences faites aux femmes ainsi que pour l’égalité des genres en participant à différents ateliers, débats, grâce à des organisations qui sensibilisent sur ces questions. Parce que je respecte les femmes (ma mère, mes sœurs, mon épouse), je pense qu’il est important de protéger leurs droits notamment quand ils sont bafoués. Le scénario de Blood Sisters m’a emballé. Bien que j’incarne le méchant de l’histoire, j’ai très vite réalisé que pour qu’elle ait de l’impact, il fallait que chacun de ses protagonistes soit convaincant, Y compris Kola Ademola que j’interprète.

Même si personnellement cela m’inquiétait que certains ne puissent pas faire la distinction entre fiction et réalité. Ce qui est déjà arrivé par le passé. Cependant, mon désir de contribuer à raconter une histoire qui ait de l’impact l’a emporté sur l’inconfort que je pourrais éventuellement ressentir dans ce type de situation. Je me suis alors imposé une préparation intense pour endosser ce rôle.  

Elle a été physique, dites-vous, mais surtout psychologique…

J’ai été bien élevé, à l’instar des nombreux hommes nigérians avec lesquels j’ai grandi. On nous a appris à respecter les gens en général, les femmes en particulier et les enfants au fur et à mesure que nous grandissions. Quelle que soit la situation, sauf quand il s’agit de légitime défense, la violence constitue toujours une mauvaise réponse. Cependant, en tant que comédien, quand j’incarne un personnage, je ne prétends pas l’être, je le suis. Et pour camper Kola, j’ai bien évidemment mis de côté toutes les valeurs auxquelles je crois, une démarche mentalement éprouvante. A tel point que chaque fois que nous devions tourner des scènes où mon personnage était violent, je me souviens que j’avais la chair de poule et que je me sentais nauséeux. Ensuite, cela m’a pris des mois pour sortir de ce personnage. Je ne suis pas rentré chez moi jusqu’à ce que je retrouve un sentiment de normalité. C’était presque comme faire une cure de désintoxication. A ce jour, dans ma carrière, c’est le personnage qui a été le plus difficile à gérer. 

Vous avez fait ce film pour sa dimension sensibilisatrice. Le succès de la série, pas seulement au Nigeria, est donc une bonne nouvelle. Comment l’expliquez-vous ? 

Cela démontre que le sujet préoccupe partout dans le monde, pas seulement au Nigeria. Les violences domestiques et les violences faites aux femmes en général interpellent. Le succès de Blood Sisters montre que l’audience s’est retrouvée dans cette fiction parce que c’était bien fait, que ce soit au niveau de la qualité de la production, que de l’histoire ou même du jeu des acteurs. Cela veut aussi dire que les gens ont été touchés parce qu’ils se sont identifiés aux personnages de cette série. Je suis très heureux que la victime de cette histoire ait fini par trouver sa voix avec le soutien de quelqu’un qui l’aime. Les femmes peuvent s’y reconnaître et se dire qu’elles peuvent se dresser et dire non.

Je suis très fier du succès de Blood Sisters et de son impact, particulièrement sur les jeunes femmes. Par ailleurs, je crois qu’il est important que les hommes se mobilisent quand il s’agit de sensibiliser d’autres hommes. Entre nous, nous pouvons littéralement nous secouer et nous dire la vérité. Il relève de notre responsabilité d’avoir ce type de conversations entre nous. C’est très important. J’ai vu beaucoup d’hommes se mobiliser dans ce sens et je suis très fier d’eux.

La diffusion de la mini-série est intervenue quelques semaines après le décès d’une célèbre chanteuse de gospel nigériane, Osinachi Nwachukwu, victime de violences domestiques selon son entourage et pour laquelle une pétition a été lancée pour réclamer justice. Quelle réaction la série a-t-elle suscité au Nigeria ?  

Une question hante les gens : comment Osinachi que nous aimons et dont nous apprécions la musique en est arrivée au point où elle a été incapable de se défendre et de préserver sa vie ?

Blood Sisters arrive et nous dépeint comment tout ça commence : si vous voyez des drapeaux rouges, vous devez prendre les choses en main avant qu’il ne soit trop tard ! J’espère et je prie pour que les gens retiennent cela de Blood Sisters, qu’ils se diront que quand une situation ne leur convient pas, quels que soient les gains qu’ils pensent en tirer, cela n’en vaut tout simplement pas la peine. Nous voyons dans ce film l’amorce d’une relation abusive. Dans la vie réelle également, nous avons déjà observé ce qu’il se passe après des années d’abus. J’espère que nous allons tirer une ou deux leçons de tout cela. Par exemple, que la famille et les amis de ce genre de personnes ne devraient pas s’opposer systématiquement à ceux qui les dénoncent sous prétexte que ça ne leur ressemble pas. Il faut toujours se mettre en quête de la vérité dans ce type de situation. C’est la démarche qu’adopte dans la série Akin, incarné par Daniel Etim Effiong, le meilleur ami de Kola qui en découvre la face cachée. 

Quel changement Netflix apporte aux professionnels de Nollywood ?  

Collaborer avec une plateforme comme Netflix permet d’abord de disposer enfin des financements pour raconter les histoires que nous souhaitons raconter. Les films produits dans d’autres régions du monde bénéficient de ces financements qui leur permettent d’embaucher les personnes qualifiées et de rassembler toutes les ressources nécessaires pour produire un récit aussi vraisemblable que possible. Avec Blood Sisters, c’est l’une des rares fois où nous jouissons de cette opportunité dans l’audiovisuel nigérian. Ensuite, Netflix dispose d’une plateforme mondiale. Ainsi, nous avons non seulement les financements, mais aussi les canaux de distribution adéquats qui permettent à nos histoires de voyager à travers le monde.

Nous n’arrêtons pas de militer pour « des histoires africaines par des Africains » et de revendiquer le fait que nous devons raconter nos histoires au monde. Désormais, nous avons le financement et le canal de distribution. Aujourd’hui, nous avons ce qu’il faut pour que le monde découvre nos productions, notamment les plus abouties. C’est crucial pour notre industrie. J’espère que d’autres plateformes suivront l’exemple de Netflix et que les gens seront encouragés à investir dans un secteur très prospère qui croît rapidement. Le taux de croissance observé ces cinq ou dix dernières années est impressionnant. J’ai travaillé dans la distribution et j’en ai donc été un témoin privilégié. Je suis très heureux d’appartenir à cette génération de professionnels du cinéma. Toutefois, je tiens à souligner que cela n’aurait pas pu arriver si nos aînés et des pionniers n’avaient pas bâti de solides fondations.

J’espère aussi que les acteurs nigérians pourront figurer dans des productions Netflix dans le monde entier et dans d’autres films internationaux. La série française Lupin est un contenu original Netflix et je me demande encore pourquoi il n’y a pas de Nigérian au générique. Plus largement, il serait bienvenu de promouvoir la diversité partout dans le monde car je pense que c’est la seule manière de mettre en lumière les luttes de chacun d’entre nous, à condition d’être correctement représentés. Il faut s’assurer qu’il y ait de la diversité non seulement dans nos histoires, mais aussi dans les personnes qui jouent dans ces films.  

La Rédaction

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