Blanche Bana : « c’est le cinéma qui m’a choisie »

Blanche Bana : « c’est le cinéma qui m’a choisie »

Actrice, productrice, elle est l’une des meilleures de sa génération en Afrique centrale. La Camerounaise Blanche Bana porte bien son prénom. Un teint clair, de grands yeux noirs et une taille qui avoisine le mètre 70.

Certes, Blanche Bana possède le physique de son métier. Mais son sacre comme meilleure actrice d’Afrique centrale en 2020 au « Sotigui Awards » au Burkina-Faso, elle le doit surtout à son talent. Un savoir naturel qu’elle n’a pas besoin de forcer. Elle le dit d’ailleurs quand on lui demande comment elle s’est retrouvée dans l’univers du 7ème art : « Le cinéma m’a choisie et nous faisons corps à ce jour. C’est toute la beauté de l’histoire ».

Comme du vin, Blanche Bana se bonifie avec le temps. Son jeu a gagné en qualité et assurance. Autant à l’aise dans la comédie que dans le drame, elle embrasse tous les rôles qui lui sont confiés avec le même enthousiasme. Elle l’a compris : au cinéma, il n’y a pas de grand ou petit rôle. Tout est dans la capacité à faire corps avec son personnage et à l’interpréter. C’est pourquoi elle met la même passion à jouer la « mater » de Manga qu’à camper Matho dans « Si loin…Si près » du réalisateur Saturnin Ayenouet, rôle qui lui a valu le Sotigui Award de la meilleure actrice d’Afrique centrale.

« Manga et sa mater » est une web-série humoristique diffusée sous forme de capsule sur les plates-formes digitales. « Actrice ou comédienne, je ne pense pas que la différence soit si grande entre les deux, le choix du canal de diffusion de mes contenus est clair : le digital. Pour ce qui est du jeu, j’y vois de la performance et ceci n’enlève en rien ma posture de professionnelle », affirme-t-elle.

La popularité que lui offre cette comédie hilarante n’est pas pour lui déplaire. « J’ai créé et produit Manga et sa mater comme d’autres contenus qui seront bientôt diffusés. Et puis la popularité fait partie des atouts d’un acteur qui veut se vendre. Si nos producteurs/réalisateurs n’arrivent pas à nous vendre parce qu’ils sont eux-mêmes au-devant de la scène, internet nous donne cette possibilité-là », assure la gagnante du prix de la meilleure interprétation féminine aux Ecrans Noirs 2015.

De nature persévérante, elle sait se surpasser pour donner le meilleur d’elle-même. « Pour mon rôle dans Si loin…Si près, j’étais face à un défi. Celui de rentrer dans la peau d’une adolescente. Ce n’était pas évident quand on sait que je suis à ce jour loin d’être une adolescente. Mais finalement je m’en suis sortie avec brio surtout que les bonnes conditions de travail me mettaient en confiance », raconte l’actrice.

Une aventure fabuleuse qui lui a permis de travailler à l’étranger avec des confrères de plusieurs horizons et des stars africaines comme Serge Abessolo, acteur et producteur de long métrage. « Travailler hors de son pays d’origine a toujours une plus-value, tant pour mon expérience que pour ma personnalité. J’en suis fière aujourd’hui d’en être arrivée là, fière de mon parcours et fière de moi-même », confie-t-elle heureuse.

Web-séries

Sa filmographie est assez étoffée. Elle joue pour le grand et le petit écran. Et compte les productions suivantes : « Seul ceux qui aiment », d’Hervé Harding Ngueffo, « Le Colis », « Lex Nostra » de Gérard Désiré Nguélé ; « Monsieur l’abbé » de Serge Alain Noah ; « Au Nom de la Loi » de Dominique Bihina ; « Au Cœur de la forêt » de Clotaire Minka. Depuis quelques années, Blanche Bana qui s’est formée en participant aux masters class lors des festivals comme Ecrans Noirs a développé un véritable intérêt pour le digital. En dehors de « Manga et sa mater », on la retrouve aussi comme personnage vedette dans des web-séries telles que « « Elle et Lui », avec le comédien Valery Ndongo, « Oups », etc.

« Le digital représente l’avenir. Et l’industrie du cinéma ne peut plus se passer du numérique. La preuve, depuis les débuts de la pandémie de la Covid-19, des artistes ont pu survivre grâce au digital. Hier, il était difficile de trouver des produits du cinéma à la télévision. Aujourd’hui, on ne sait pas quel contenu est dédié au cinéma et quel autre à la télévision. Il en sera de même pour le contenu digital et la télévision, le monde est en train de se tourner complètement vers le digital. A nous de suivre le rythme », prévient la production qui compte lancer BanaTv dans les prochains mois.

Malgré ses différentes récompenses, Blanche Bana reste disciplinée et professionnelle. Sur les plateaux de tournage, elle n’impose rien et se laisse guider par le réalisateur. « Après lecture du scénario, pour ce qui est du rôle, c’est le producteur ou le réalisateur qui décide quel rôle je peux incarner dans son film ». Et quand on lui demande combien ça coûte de l’avoir dans un film. Elle répond avec cette franchise déconcertante. « Parfois 0 F sur le coup mais compensé soit par des actions, soit par des parts dans les recettes du film. Mais ceci n’est possible que si le producteur me donne son plan d’action de vente fiable et claire sans ambiguïté ». Elle précise qu’elle a toujours été payée à sa juste valeur par les réalisateurs professionnels. Les charlatans et vendeurs de rêve, elle les tient loin d’elle.

« Même avant que je remporte ces prix, j’ai toujours eu des cachets qui ne me conviennent peut-être pas à 100 %  mais qui étaient plus ou moins conséquents de mon travail. Puis un jour j’ai compris que certains producteurs malhonnêtes pour la plupart que nous avons au Cameroun ne pourront plus me faire des propositions par peur de devoir payer ce qu’il faut. Et alors, j’ai anticipé », dit-elle déterminée. Fonceuse, Blanche Bana est prête à briller encore longtemps.

La Rédaction

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