Azzedine Saleck invite au voyage immobile

Azzedine Saleck invite au voyage immobile

D’origine mauritanienne et américaine, le poète et plasticien Azzedine Saleck expose au Confort moderne, à Poitiers, à partir de ce vendredi 11 février 2022.

« Il y a quelques années, je traversais le désert mauritanien, avec mon père, à l’occasion d’un voyage de presse… On passe devant cette dune, coincée entre deux arbres, seul relief sur ce grand plateau rocailleux, et je fais arrêter le convoi pour la prendre en photo. »

Ainsi commence l’histoire de cette Dune qui donne son nom à la première exposition personnelle institutionnelle d’Azzedine Saleck qui sera présentée à partir de ce vendredi 11 février 2022, à Poitiers, dans l’entrepôt du Confort moderne.

« Deux ans plus tard, mon père m’appelle en me disant qu’il m’a acheté ce bout de terrain, poursuit l’artiste d’origine mauritanienne et américaine, mais qui a grandi en France. Une année se passe encore avant que j’aille sur place, mais je découvre qu’il n’y a plus de dune. Et un berger, hilare, m’explique que les dunes se déplacent avec le vent. »

Vingt tonnes de sable du désert

Mais la dune a fini par revenir sur son bout de terrain et le plasticien a choisi de la reconstituer dans l’espace d’exposition de la friche culturelle poitevine, entourée de tapis symbolisant l’hospitalité mauritanienne. « Pour rendre le lieu le plus accueillant possible, j’ai ramené la dune, les tapis et l’horizon infini du désert symbolisé par une ligne de laiton qui court sur tous les murs », explique Azzedine Saleck. Et il ajoute aussitôt : « Ce sable-là est voyageur par essence, donc je ne me suis pas senti illégitime à le ramener ici. »

Malgré tout, le chargement (à la pelle !) et le transport en camion de ces vingt tonnes de sable de la Mauritanie jusqu’à Poitiers ont nécessité quelques discussions avec les douanes. Dans la salle annexe de l’entrepôt, un montage vidéo réalisé par l’Américain Brian Close retrace d’ailleurs le début de cette épopée, tandis que deux casques audio permettent d’écouter l’interview du Mauritanien qui est resté le plus ancien prisonnier politique enfermé à Guantanamo. « Son histoire a fait l’objet d’un film avec Jodie Foster et Tahar Rahim, souligne Azzedine Saleck. J’ai donc eu envie de l’interroger pour savoir comment sa culture du désert avait façonné son rapport au temps et lui avait permis de résister à la torture. »

La Rédaction

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