A table avec Mopero Mupemba : ses confidences exclusives

A table avec Mopero Mupemba : ses confidences exclusives

Le collectif congolais Kasai Allstars, créé en 2000, est de retour avec son quatrième album, Black Ants Always Fly Together, One Bangle Makes No Sound, hypnotique fusion de sons traditionnels, rock et électro. Entretien avec Mopero Mupemba, guitariste et producteur de cet opus.

VIEDESTAR : Comment a évolué le groupe depuis ses débuts ? Les musiciens sont-ils les mêmes qu’en 2005 ? 

Mopero Mupemba : À 80 %, ce sont toujours les mêmes membres qui sont là depuis 2005 jusqu’aujourd’hui, à part Mbuyamba qui est décédé, et quelques musiciens qui ne sont plus avec nous à cause de leurs occupations.

Artistiquement, le groupe a bien évolué depuis ses débuts, parce que nous avons donné des concerts presque partout, nous avons enregistré plusieurs albums avec le label Crammed Discs, produits par Vincent Kenis. Nous avons aussi participé au film Félicité d’Alain Gomis, et nous avons collaboré avec des groupes de rock, dans le projet Congotronics vs Rockers. Tout cela a fait évoluer et progresser le groupe.

Kasai Allstars a-t-il été imaginé pour l’étranger ?

Au départ, ça s’est fait comme ça, puisque le groupe a été créé en 2000 pour participer à un festival et donner un concert au Palais Royal de Bruxelles. Vincent Kenis et Tony Van der Eecken, qui étaient chargés de la programmation, avaient reçu un budget permettant de faire venir un groupe du Kasaï, avec 15 musiciens au maximum. Comme ils aimaient beaucoup plusieurs des groupes vus à Kinshasa (Masanka Sankayi, Basokin, Sandayi Wabo, Lusombe Mdimba et Tandjolo), ils auraient voulu les faire venir tous. Ils nous ont suggéré de monter un super-groupe avec des musiciens issus des 5 formations. Ça nous a plu, et on a continué. Après ce festival en Belgique, nous avons donné au groupe le nom de Folkas (folklore du Kasaï), puis de Kasai Allstars, plus attractif pour un public européen. Le groupe a un peu été fondé par les Belges. Par la suite, on a également commencé à se produire en République démocratique du Congo.

Quelles sont les difficultés à travailler à 15 musiciens ?

C’est surtout le fait de ne pas parler la même langue : le groupe comprend des musiciens provenant de 5 groupes différents, issus de 4 ethnies, donc 4 langues. Des gens qui ne font pas la même musique au départ, qui jouent d’instruments différents, accordés différemment. C’était difficile, mais c’est ça qui était intéressant, et nous sommes parvenus à un résultat commun, qui nous plaît.

Quel est le rôle de Vincent Kenis ? 

Vincent a joué un grand rôle au sein du groupe. Il a déclenché la création du groupe, il a motivé les musiciens et produit tous nos albums précédents. Vincent est comme l’un des membres du groupe. Il est toujours avec nous, mais a été moins impliqué dans l’enregistrement de cet album-ci. Il ne pouvait pas être présent à Kinshasa, mais a mixé certains morceaux.  

C’est pour cette raison que vous avez choisi et arrangé tous les titres…

J’ai pris en charge la production comme si j’étais son assistant. J’ai trouvé des idées d’arrangement, ça a été une nouvelle expérience pour moi. Je voulais explorer d’autres styles afin de faire évoluer la musique du groupe. Je me suis donc inspiré, pour certains morceaux, de mélodies et rythmes provenant de régions voisines. Et j’ai tenté par moment de mélanger afro et rock. D’autre part, il y a eu l’introduction de rythmiques électroniques.

De quelle façon les percussions électroniques ont-elles été intégrées ? 

J’ai appris à programmer des beats qui s’intègrent avec les rythmiques bien spéciales de chacun des morceaux. Avec l’ingénieur du son Papy Atuke, nous avons commencé par enregistrer les rythmiques électroniques, et avons ensuite ajouté les guitares, basses, et instruments traditionnels (lokombe, likembe, xylophone et tambour buzz), et les voix pour finir.   

Le likembe, le piano à pouce, est-il toujours aussi présent ? 

Oui. C’est l’instrument de prédilection de Célestin Kabongo, l’un de nos chanteurs. C’est le mélange likembe, guitares électriques, percussions traditionnelles et xylophone qui a toujours été caractéristique du son de Kasai Allstars

Que signifie le titre de l’album ?

Cela veut dire que l’union fait la force. Plusieurs chansons partent de ce thème. Nous avons voulu éveiller la conscience des gens en leur disant : un peuple uni ne peut être combattu.

Comment appelez-vous votre style de musique ?

En général, la musique que nous faisions fait partie de ce qu’on appelle “tradi-moderne” au Congo et que, avec Vincent Kenis, nous avons rebaptisé “Congotronics”. Mais notre musique évolue, mélange de traditions africaines, électro et rock. En RDC, je n’apprécie pas trop les orchestres de leader, mais j’aime certains orchestres collectifs : Werrason, JB Mpiana, Fally Ipupa et Zaiko Langa Langa.

Nous avons été influencés par nos collaborations avec Deerhoof et Juana Molina (dans le projet Congotronics x Rockers, dont l’album sortira l’année prochaine). Mais j’écoute des choses très variées, qui vont d’Aksak Maboul à Stromae et même Céline Dion ! 

La Rédaction

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