À 23 ans, le jeune Charles Bourdette peint l’universel

À 23 ans, le jeune Charles Bourdette peint l’universel

À partir de son pays natal, de ses mystères et de ses symboles, le jeune artiste Charles Bourdette nous embarque dans sa quête de vérités et d’harmonie.

« Qui suis-je ? » se demandait l’adolescent de 15 ans, les yeux dans le vague, lors de son trajet quotidien en bus vers le collège Charles-Baudelaire, à Clermont-Ferrand (dans le centre de la France). Fraîchement arrivé de son Gabon natal, c’est dans le regard hostile de « l’autre » que le jeune homme trouve sa première piste de réflexion. « Je me suis demandé d’où venait le racisme dont je faisais parfois l’objet. »

Il approfondit alors sa connaissance du christianisme, sa religion d’origine et, au-delà, cherche à découvrir tous « les mystères » qui se cachent sur terre. Islam, judaïsme, shintoïsme et bouddhisme s’ouvrent à lui. Et il en arrive à cette conclusion : il existe une force, un dieu, un architecte à la base de toutes choses. Il part donc de lui-même pour aller à la découverte du tout et continue de s’interroger : « Qu’y a-t-il de pénible à retourner d’où l’on vient ? » Il fait sienne cette question posée en son temps par Sénèque. Et l’artiste qui sommeille en lui, prend forme. « L’essence même de la solitude est de se confronter à soi-même », confie Charles Bourdette.

Racines bantoues

Le chemin initiatique du jeune Gabonais de 23 ans passe aussi par ses origines, pour aller jusqu’aux racines de l’être humain, au cœur de son œuvre. Une quête qui irrigue sa production artistique. Son père est Myènè, et l’on retrouve des références à cette population bantoue dans les toiles de Charles Bourdette, comme dans celle intitulée Maronguè, les arcanes de l’anachorète – en myènè, « maronguè » signifie « celui qui détient la connaissance de la vie et de l’Homme ». Sa mère est Fang (autre ethnie bantoue), à laquelle il fait notamment référence dans son tableau Ningone (la lune, en dialecte fang).   « En Afrique, il y a un plus grand attachement à la nature ».

La lune est associée au principe féminin, le soleil au masculin, une dualité immuable et selon laquelle rien n’existe sans son contraire. Tout est complémentaire. Ainsi, dans Maronguè, sur le torse du personnage représentant l’anachorète, sont visibles des croix formées par une répétition infinitésimale de douze triangles isocèles (le triangle symbolisant la résultante de la dualité), car la recherche de compréhension de soi et des choses est infinie. « Grâce à l’art, je ne suis pas le même qu’il y a dix ans, confie le peintre. J’ai compris beaucoup de choses. Et ce n’est pas fini. »

C’est à l’âge de 16 ans, en 2017, que Charles Bourdette prend conscience de sa vocation lors d’un cours d’arts plastiques, dans son lycée de Clermont-Ferrand. Une matière dans laquelle il se sentait bridé jusqu’alors. Mais ce jour-là, les règles changent. On donne carte blanche aux élèves. « Prenez une feuille blanche et laissez libre court à votre créativité », leur enjoint leur professeur. Pour Charles, c’est la révélation. « C’était très agréable, mes idées fusaient. » Et celle de pouvoir vivre de son art prend corps. Cependant, aucune galerie n’accepte d’exposer ses œuvres. « Qui êtes-vous ? » lui lance même le directeur de l’une d’entre elles. Qu’à cela ne tienne, il va la faire lui-même, son expo. Il loue une petite salle à Paris, dans le Marais, et présente lui-même ses œuvres, du 16 au 19 septembre 2021.

Saisissable et intemporel

Son objectif ? Que son travail parle à tout le monde, tout le temps, qu’il soit saisissable et intemporel. Ainsi, la série Ngone et Kombè, comprend douze dessins de ngone (la fille) et autant de kombè (le garçon), le chiffre douze symbolisant à la fois la fin d’un cycle (donc le début d’un autre) et un point d’harmonie. Harmonie… un personnage mythologique : la fille d’Arès, dieu de la guerre, et d’Aphrodite, déesse de l’amour, le fruit de deux forces opposées et complémentaires. Cette recherche constante de l’équilibre fait partie intégrante de la vie de l’artiste. « Je travaille ma condition physique pour être en accord avec mon corps et je régule mes émotions par la méditation », explique-t-il. Pour lui, le matériel sans le spirituel n’est que souffrance et le spirituel sans le matériel ne prend pas en compte la réalité du monde.

Partir de l’unité pour saisir le tout. Partir du réel pour embrasser le spirituel. Partir de la nature pour saisir le monde. « En Afrique, il y a un plus grand attachement à la nature », estime l’artiste, qui souligne que toutes les formes géométriques sont dans la nature : il suffit de regarder la minutieuse régularité des spirales d’une coquille d’escargot, la parfaite symétrie des fleurs de plumeria (frangipanier) des forêts gabonaises… Et par l’observation, la compréhension du tout devient accessible.

La Rédaction

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